Les images des télévisions indiennes sont insoutenables. Des cadavres gisent au milieu de la route tandis que des policiers extraient des corps de carcasses calcinées de véhicules. En quelques minutes, une douzaine de bombes ont explosé jeudi dans l'Etat de l'Assam dans l'extrême nord-est de l'Inde, dont cinq au cœur de Guwahati, la capitale, où un couvre-feu a été imposé. Le bilan est lourd: au moins 61 personnes ont été tuées et 300 blessées, dont 75 étaient dans un état critique hier soir.

Les engins explosifs, de forte puissance, étaient disséminés près de marchés populaires très fréquentés et également à proximité d'établissement publics comme la cour de justice de Guwahati et la résidence du ministre en charge de la région de l'Assam, Tarun Goroi.

Les autorités locales ont immédiatement accusé le Front uni de libération de l'Assam (ULFA). Selon elles, une opération d'une telle envergure et aussi bien synchronisée ne peut provenir que de l'organisation séparatiste créée en 1979 et dont l'insurrection, aux côtés d'autres insurgés, a causé la mort d'au moins 10000 personnes depuis vingt ans.

Sept «régions sœurs»

Déjà en janvier 2007 un attentat attribué au Front uni de libération de l'Assam avait fait 62 morts parmi des immigrés parlant l'hindi. Hier, l'ULFA a toutefois indiqué n'être en «aucune manière impliqué dans ces explosions». Coincées entre la Chine, le Bangladesh, le Bhoutan et la Birmanie, les sept provinces du nord-est forment une enclave dont les aspirations sécessionnistes remontent à avant même que l'Inde n'accède à l'indépendance en 1947. Ces sept «régions sœurs» ont toujours souffert du désintérêt de New Delhi, plus soucieux des insurrections indépendantistes au Cachemire (nord du pays) que de leur développement.

Les mouvements séparatistes fleurissent dans ces régions riches en pétrole et en plantations de thé, où les violences intercommunautaires ont fait 50000 morts depuis soixante ans.

L'Inde accuse par ailleurs le Bangladesh voisin d'héberger les leaders du Front uni. Certaines sources prétendent que ses militants y ont été entraînés par un groupe radical, le Huji, l'un des mouvements islamistes bangladeshi.

Mais le Front uni de libération de l'Assam, longtemps soutenu par la population locale, est aujourd'hui en perte de vitesse. Une étude récente indiquait que 95% des gens ne soutiennent plus la lutte pour l'indépendance du territoire.

La composition démographique des Etats du nord-est de l'Inde a changé: les habitants des régions voisines s'y sont massivement installés depuis plusieurs décennies. L'Assam, peuplé de 26 millions d'habitants, compte un quart de migrants venus de l'Inde, dont 800000 Indiens du Bihar. Ces nouveaux équilibres, et surtout les attentats sanglants à répétition qui ont fauché des centaines de civils, ont eu raison des velléités indépendantistes de l'Assam.

Déjà fragilisé par l'attentat de janvier 2007, le très précaire dialogue entamé en 2006 entre New Delhi et les groupes séparatistes a connu hier un coup d'arrêt.