France

Service national: la promesse qui plombe Macron

Le candidat à la présidence avait promis un service national obligatoire et universel. Mais hormis le ministre de l’Intérieur, personne n’en veut aujourd’hui au gouvernement. Un rapport parlementaire est rendu ce jeudi.

La proposition se voulait emblématique. Comment recréer, dans une France fracturée par le communautarisme après les attentats de 2015 et de 2016, un moment d’unité nationale pour une jeunesse souvent déboussolée?

Le 2 mars 2017, le candidat Emmanuel Macron avait donc sorti de son chapeau un vieux remède: la conscription obligatoire et universelle. Pas question, bien sûr, de transformer de nouveau les armées françaises, devenues professionnelles sous la présidence de Jacques Chirac (les derniers appelés sous les drapeaux l’ont été en 2002). La proposition du futur président était intermédiaire: créer un service militaire d’un mois «afin de renforcer le lien armée-nation». Un défi «sociétal» lancé le jour d’une tentative d’attentat à l’aéroport d’Orly…

Encadrement, discipline et durée

Presque un an plus tard, l’affaire est loin de s’être concrétisée. Lors de la présentation la semaine dernière du projet de loi de programmation militaire, qui prévoit d’allouer près de 300 milliards d’euros de crédits supplémentaires aux armées d’ici à 2015, ce service obligatoire express était même… absent. Il a fallu que le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb s’y déclare de nouveau favorable dimanche pour redonner vie à ce projet, dont le coût annuel est estimé entre deux et cinq milliards d’euros et dont les militaires – déjà saturés de missions – ne veulent pas.

«C’est typique de la démagogie macronienne dont on commence à mesurer les contours, juge un ancien cadre du Ministère de la défense. Socialement, l’idée a du sens. Mais dans un contexte de réduction des déficits budgétaires et de colère latente dans les banlieues, il ne tient pas la route. Si l’on veut un vrai brassage social, il faut des moyens, de l’encadrement, de la discipline, de la durée.»

L’idée plaît pourtant. En juillet 2017, un sondage Odoxa pour France Info et Le Figaro a de nouveau confirmé que six Français sur dix sont favorables au retour du service national à l’ancienne. Des soutiens qui se recrutent surtout à droite, et au sein des électeurs d’En Marche, la formation présidentielle. Mieux: la question institutionnelle est assez simple puisqu’un simple décret pourrait, selon les experts, permettre le rétablissement d’une conscription pour les 600 à 800 000 jeunes Français qui atteignent chaque année leur majorité.

Participation obligatoire ou volontaire?

Pourquoi renoncer alors? Parce que personne, en France, n’a vraiment envie d’hériter de cette mission impossible, surtout pour un mois. L’ancien général de gendarmerie Bertrand Soubelet avait, lui, proposé deux mois de service national lors de la campagne d’En Marche. «Quatre semaines seraient consacrées à l’acquisition de la discipline de groupe et à un bilan médical, avec l’accent mis sur les missions de sécurité et un possible bilan de compétences, nous avait expliqué l’an dernier l’auteur de Sans autorité, quelle liberté? (Ed. de l’Observatoire). Le mois suivant pourrait être un stage dans une collectivité publique.» Difficile, en revanche, d’organiser selon lui quoi que ce soit en un seul mois…

Les propos de Gérard Collomb vont-ils réveiller ce projet que l’Elysée laissait s’endormir tranquillement? Un rapport parlementaire est attendu jeudi et le porte-parole du gouvernement a assuré que ce service sera «national, obligatoire, universel ». Une autre hypothèse, évoquée par l'Etat-Major des armées, serait d’abandonner le caractère obligatoire, et de renforcer les moyens du service militaire volontaire, créé pour les jeunes Français de 18 à 25 ans après les attentats de 2015. Il permet, dans un cadre militaire, d’acquérir une formation de 6 à 12 mois, avec une rémunération d’environ 300 euros mensuels. Seul problème: cette mesure a été mise en place par François Hollande, ce président dont Emmanuel Macron cherche par tous les moyens à se différencier.

Publicité