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Le siège de la DGSE. Image prise sur le site de l’organisme.
© DGSE

espionnage

Les services secrets français auraient été infiltrés par la Chine

L’arrestation d’anciens espions français, soupçonnés d’avoir trahi pour le compte de la Chine, pourrait devenir une affaire d’Etat

Patron mythique des services secrets français dans les années 70, en pleine guerre froide, Alexandre de Marenches (1921-1995) aimait rappeler à ses interlocuteurs qu’il n’était pas «achetable», en raison de sa fortune personnelle et foncière d’aristocrate bien né. Il ne semble pas en avoir été de même pour deux anciens agents de la DGSE, la Direction générale du renseignement extérieur, interpellés, mis en examen et écroués en décembre pour «livraison à une puissance étrangère d’informations portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation», «intelligence avec une puissance étrangère», «collecte d’informations portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation» et «compromission du secret de la défense nationale par une personne dépositaire du secret de la défense nationale».

L’affaire, révélée par l’émission Quotidien sur TMC, a été quasiment confirmée vendredi matin par la ministre de la Défense Florence Parly. Ses deux agents «étaient très probablement» en service lorsqu’ils ont trahi, a-t-elle expliqué, alors qu’Emmanuel Macron achève ses deux jours de visite à Saint-Pétersbourg, en Russie, reçu par son homologue Vladimir Poutine, ex-officier du KGB.

Une chronique: Le joli temps de l’espionnage est de retour

Des circonstances encore obscures

Rien n’est encore sorti sur l’identité des deux agents, et sur les circonstances qui ont permis de les confondre. Mais leur maintien en détention, ainsi que l’arrestation de la compagne de l’un d’entre eux, témoigne du sérieux des accusations. Dans le collimateur des enquêteurs? La Chine, dont les services auraient «retourné» les deux espions français.

Une affaire qui en rappelle une autre, survenue à la fin des années 90. Dans son livre Derrière les façades des ambassades de France (Ed. Nouveau Monde), le journaliste Franck Renaud racontait comment un officier traitant de la DGSE était déjà, alors qu’il travaillait en Chine, tombé dans les filets du Guoanbu, les services de l’Empire du Milieu. En 2014, L’Obs avait par ailleurs révélé la présence, sur le sol français, d’un présumé centre d’écoute des renseignements chinois, ce que l’ambassade de ce pays avait aussitôt démenti. Simultanément, un rapport de la Délégation interministérielle à l’intelligence économique (D2IE) française, révélé par le mensuel Vanity Fair, avait à l’époque pointé le doigt sur les objectifs et méthodes chinois pour piller les innovations technologiques françaises. Selon Le Monde, les deux ex-agents placés en détention «sont notamment soupçonnés d’avoir livré des informations sur les méthodes de travail du renseignement extérieur français».

La DGSE a un nouveau patron

Dès son arrivée à l’Elysée voici un an, Emmanuel Macron a nommé en juin 2017 un nouveau patron de la DGSE, le diplomate Bernard Emié, ancien ambassadeur au Royaume-Uni et en Algérie. Le président français a aussi constitué une task force du renseignement placée directement sous son autorité et conduite par Pierre Bousquet de Florian. Lequel avait auparavant dirigé la DST, l’ex-Direction de la surveillance du territoire (contre-espionnage), devenue la DGSI.

Une inquiétude récurrente exprimée par les experts du monde du renseignement français, compte tenu de la mobilisation maximale des agents sur la menace islamiste, est la pénétration des services par des puissances étrangères. «Il a fallu répondre à toutes les missions en même temps», s’inquiétait l’ancien agent de la DST Paul-Louis Voger dans son livre Je ne pouvais rien dire (Ed. Archipel). En citant, par exemple, la difficulté de se focaliser sur les islamistes et de surveiller parallèlement «les étudiants espions sur le territoire français, souvent chinois».

Lire également: L’acte d’espionnage qui empoisonne les relations turco-suisses


A lire sur Alexandre de Marenches: Le maître du secret (Ed. Tallandier).

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