La tête recouverte d'un capuchon, encadré par deux membres des services secrets eux-mêmes affublés de passe-montagnes et qui l'aident à descendre de l'avion: c'est ainsi que Cevat Soysal apparaît sur une photo rendue publique hier par l'Agence nationale de renseignement (MIT), les services secrets turcs. Une scène qui rappelle évidemment la capture d'Abdullah Öcalan, le 15 février dernier. Le chef suprême du PKK avait en effet été intercepté à Nairobi puis ramené en Turquie dans le même appareil: masqué, menotté et escorté d'agents encagoulés. Présenté par la presse turque comme le numéro deux du PKK en Europe, Cevat Soysal était porteur de documents de voyage allemands. Selon le MIT, Soysal était chargé d'organiser les équipes du PKK en Turquie afin d'y «développer la violence de masse».

Bien qu'interdit dans la plupart des pays européens, le PKK y entretient plusieurs antennes clandestines. Les services de renseignement allemands estiment par exemple que les militants du parti seraient près de 11 000 en Allemagne, où l'on compte pas loin d'un demi-million de Kurdes. Selon l'agence semi-officielle Anatolie, Soysal, 37 ans, avait été condamné en 1979 à 21 ans de prison pour appartenance à une bande armée séparatiste. Selon le tribunal qui l'a jugé, Soysal venait de rejoindre le PKK, un an après sa création et faisait partie du comité financier de l'organisation.

Le Front de libération nationale du Kurdistan, la branche politique du PKK, a confirmé l'arrestation de Soysal, tout en démentant qu'il ait été un cadre de haut rang du mouvement. «Il est un militant du PKK mais pas un cadre du parti», déclarait Mizgin Sen, la porte-parole de l'ERNK en Europe. «Notre camarade a été livré à l'État turc après avoir été arrêté la semaine dernière par la Moldavie, et non pas à la suite d'une opération secrète de la Turquie», ajoutait-elle. La Moldavie a nié toute implication.

Cette arrestation intervient à un moment où les affrontements entre la guérilla et les troupes d'Ankara ont repris de plus belle. Au lendemain de la condamnation à mort d'Abdullah Öcalan, les rebelles kurdes avaient lancé une campagne d'attentats et d'attaques suicides, visant indistinctement civils ou représentants de l'État. Campagne dénoncée par Abdullah Öcalan qui, du fond de sa cellule de l'île-prison d'Imrali, avait désavoué ces actions et plaidé pour l'ouverture de négociations. C'était d'ailleurs le principal axe de sa défense durant son procès, courant juin. Le chef suprême du PKK attend aujourd'hui la confirmation en appel, puis par le parlement, de sa condamnation à la peine capitale. Quant à négocier avec les rebelles, les autorités turques, tant civiles que militaires, s'y sont toujours refusées.

Les dirigeants du PKK ont eux aussi publiquement appelé leurs militants à s'abstenir de viser des civils, tout en annonçant vouloir «intensifier les combats» contre l'État. Mardi soir, par exemple, une «maison à thé» était prise pour cible dans la région d'Erzincan (est du pays) par une vingtaine de membres du PKK, indiquait un porte-parole de l'armée. Une personne aurait été tuée et sept autres blessées. A Bingol, dans le sud-est, c'est une patrouille de police qui était attaquée: deux officiers étaient tués. Parallèlement, l'armée turque a lancé plusieurs opérations de nettoyage dans le sud-est anatolien et en Irak du Nord – selon les autorités, 11 combattants du PKK auraient trouvé la mort dans la région de Diyarbakir.