Le Conseil des droits de l'homme des Nations unies va tenir mercredi une session spéciale consacrée à la Palestine. A l'origine de la demande, une lettre cosignée par 21 Etats membres de la nouvelle institution onusienne qui vient d'achever vendredi la première session de sa jeune existence. Sous l'impulsion de l'Organisation de la conférence islamique, ce sont avant tout des pays arabes qui ont pris l'initiative de la démarche. Les statuts du Conseil prévoient précisément la convocation d'une telle session en cas de violations massives des droits de l'homme dans tel ou tel pays.

Le bureau du Conseil des droits de l'homme a dû toutefois attendre lundi pour trouver une date qui convienne. De lundi à mercredi, c'est le Conseil économique et social qui monopolise l'espace au Palais des Nations avec trois journées de niveau ministériel.

La convocation de cette session spéciale ne va pas sans susciter quelques réactions. Au cours de la session de ces deux dernières semaines, le président du Conseil, Luis Alfonso De Alba, s'était habilement appliqué à ne pas aborder frontalement les cas les plus criants de violations des droits humains pour se focaliser sur la mise en œuvre des mécanismes et des procédures du nouveau Conseil.

Deux philosophies

Deux philosophies guident en réalité les débuts du Conseil. Pour les uns, celui-ci doit se construire avant de se consacrer aux situations des pays. Pour d'autres, sa crédibilité à venir se mesurera à sa capacité de se saisir d'une situation d'urgence. Directeur exécutif de l'organisation non gouvernementale UN Watch, Hillel Neuer défend la première. «Je suis très déçu par la tenue de cette session sur la Palestine. Je pense qu'on devrait construire le Conseil en développant ses mécanismes de protection avant de traiter de cas particuliers. Et les situations urgentes, il y en a beaucoup. Il n'y a pas qu'Israël. Je crains qu'on ne retombe dans les travers de l'ex-Commission des droits de l'homme.»

Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler ne partage pas cet avis. Pour lui, cette session spéciale prouve que le Conseil est capable de réagir rapidement à une situation grave. «Si elle n'avait pas été convoquée, on aurait perdu l'opinion publique musulmane pour des années. Le Conseil aurait perdu toute crédibilité dans les pays du Sud. On ne peut pas renoncer à s'intéresser à un cas comme les Territoires occupés sous prétexte qu'il y en a d'autres ailleurs.»