«A première vue, je ne vois rien de nouveau dans ce plan de paix, sinon le moment auquel il est présenté», soit un mois avant le sommet européen de Copenhague. Bien qu'il n'ait pas pu prendre connaissance dans le détail de la proposition onusienne, Victor-Yves Ghebali, professeur de sciences politiques à l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève (IUHEI), douche un peu les optimismes. «Si le moment de la présentation de ce plan n'a certainement rien de fortuit, je pense que la Turquie n'a aucun intérêt à régler le problème avant Copenhague», poursuit l'universitaire, soulignant que «Chypre est la seule carte dont Ankara dispose dans sa demande en mariage avec l'UE».

Rien de nouveau sur le fond, donc, la proposition de règlement comportant toujours la même idée: celle d'un seul Etat bizonal, bicommunautaire, bicantonal. «Ce sont les mêmes propositions raisonnables qui sont mises sur le tapis depuis bien des années et que les Turcs refusent, car un règlement négocié leur offrirait infiniment moins que ce qu'ils ont actuellement, l'indépendance de facto de la partie turque de Chypre», analyse le professeur Ghebali. Dès lors, à moins qu'Ankara n'obtienne quelque chose en échange de l'UE, à savoir la fameuse date d'ouverture des négociations d'adhésion, rien ne devrait bouger. Quant à «l'ultimatum» d'un mois lancé aux deux parties, il faut là aussi relativiser, «les ultimatums de l'ONU n'ayant rien de contraignant», affirme le professeur Ghebali.

Reste une hypothèse, «très machiavélique» dans cette affaire: que l'UE soit derrière cet énième plan de l'ONU. A un mois du sommet de Copenhague, et après les déclarations du président de la Convention sur l'avenir de l'UE, Valéry Giscard d'Estaing, affirmant que la Turquie n'a pas sa place en Europe, on peut imaginer que Bruxelles ait poussé Kofi Annan à mettre les Turcs au pied du mur. Pour pouvoir leur dire le moment venu: «Vous voyez, vous ne voulez pas céder sur Chypre, donc vous n'avez pas votre place en Europe», conclut Victor-Yves Ghebali.