ONU

Sévère réquisitoire «trumpien» contre le Conseil des droits de l’homme

Ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU à New York, Nikki Haley estime que l’organe onusien a jusqu’ici échoué. Elle exige que ce dernier n’élise plus les Etats qui violent impunément les droits humains. Elle appelle à plusieurs réformes. Leur échec pourrait pousser Washington à quitter le Conseil

Après le retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat, la Genève internationale redoutait une décision qui allait la frapper en plein cœur: un retrait des Etats-Unis du Conseil des droits de l’homme (CDH). Mardi, l’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU à New York, Nikki Haley, a pourtant tenu, dans un premier temps, un discours plutôt rassurant.

Appel à des réformes de fond

«Les Etats-Unis se penchent attentivement sur le Conseil et leur participation. Nous voyons des domaines où il peut sensiblement se renforcer.» L’ambassadrice américaine, qui fut jusqu’à peu la gouverneure conservatrice de la Caroline du Sud, a semblé vouloir contrer indirectement le président chinois Xi Jinping, qui, au sein du même Palais des Nations, se présentait en janvier comme le nouveau héraut du libéralisme international. «Il n’y a pas de place pour le relativisme culturel», a-t-elle martelé, insistant sur l’universalité des droits humains.

Lire aussi: Nikki Haley: «Le Conseil des droits de l'homme a besoin de réformes de fond»

Nikki Haley a tenu des propos beaucoup moins conciliants quelques heures plus tard à l’Institut de hautes études internationales et du développement devant une audience de quelque 500 personnes. Si la diplomate a refusé de préciser si Washington allait quitter ou non le CDH, elle n’en a pas moins très sévèrement critiqué son fonctionnement. Elle a fustigé son incapacité de se consacrer à la lente descente aux enfers du Venezuela, de «condamner une seule fois Cuba» dont le gouvernement continue d’arrêter des opposants. Un Conseil aussi incapable de réprimander le régime du président du Zimbabwe Robert Mugabe à propos duquel «Genève n’a rien fait». Selon les standards énoncés par la diplomate, le CDH a jusqu’ici échoué. Pour qu’il retrouve sa légitimité, elle appelle à des réformes de fond.

«Déficit de crédibilité»

Le Conseil des droits de l’homme doit tout d’abord empêcher les pays qui violent les droits de l’homme de se faire élire membres de l’institution. Nikki Haley, qui n’avait aucune expérience de diplomatie avant d’accéder à son poste d’ambassadrice, dénonce le fait que plus de la moitié des membres actuels du CDH ne respectent pas les standards minimaux, dont Cuba et l’Arabie saoudite avec laquelle, pourtant, l’administration Trump vient de conclure un contrat d’armement de 110 milliards de dollars. Dans cette logique, le CDH ne fait pas mieux que la Commission des droits de l’homme laquelle avait déjà, explique-t-elle en citant l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, «un déficit de crédibilité».

Afin de ne pas élire les Etats qui violent impunément les droits humains, la diplomate propose de rompre la logique régionale qui n’offre, selon elle, aucune réelle compétition entre candidats au Conseil. Il sera ainsi possible, avance-t-elle, d’examiner le vrai bilan de chaque Etat. Son discours sonne comme celui tenu par John Bolton, l’ex-ambassadeur de George W. Bush à l’ONU, qui plaidait pour une sorte de ligue des nations vertueuses au sein du CDH. Or cette vision contredit radicalement la philosophie du CDH et des examens périodiques qu’il mène auprès de chaque Etat où l’on coopère, mais où l’on n’humilie pas.

Une «clause scandaleuse»

Nikki Haley exhorte aussi à supprimer le point 7 de l’agenda du CDH spécifiquement consacré à Israël. «Une clause scandaleuse», estime-t-elle. Ce biais est effectivement souligné depuis des années. Le fait que l’État hébreu ait été l’objet de 70 résolutions «alors que l’Iran n’en a eu droit qu’à 7», explique la diplomate, est suffisamment éloquent. Nikki Haley suggère enfin de ne plus organiser l’élection des membres à bulletin secret. Une proposition qui, à en croire les usages diplomatiques, a peu de chance d’aboutir.

Au vu des exigences peu réalistes de l’administration Trump, celle-ci quittera-t-elle le CDH? On ne peut pas l’exclure.

Publicité