élues au Congrès

Sharice Davids, d’une arène à l’autre

Adepte de sports de combat, l’élue démocrate est la première Amérindienne, et la première lesbienne, à faire son entrée à la Chambre des représentants

Aux Etats-Unis, les élections de mi-mandat se sont illustrées par un nombre record de femmes candidates et élues. Nous avons choisi de vous en présenter cinq cette semaine, aux parcours atypiques. Elles siègeront au Congrès dès 2019.

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Des combats en cage aux pupitres du Congrès. Férue d’arts martiaux, Sharice Davids, habituée à plaquer ses adversaires au sol devant un public déchaîné, entre désormais dans l’arène politique avec le Capitole comme nouveau terrain de jeu. Elle vient de réussir un doublé: elle est la première Amérindienne à être élue à la Chambre des représentants et la première lesbienne, aussi.

Savoir rester calme

A 38 ans, la démocrate aux longs cheveux raides a battu le républicain sortant Kevin Yoder dans la 3e circonscription de l’Etat conservateur du Kansas. Dans son clip de campagne, elle apparaît avec des gants de boxe, sur un ring. «C’est un endroit difficile pour être une femme. J’ai été mise à terre, poussée, assommée. La vérité est que j’ai dû me battre toute ma vie à cause de qui je suis, de qui j’aime et de comment j’ai démarré mon existence», dit-elle. «Nous sommes en 2018, et les femmes, les Amérindiens, les homosexuels, les chômeurs et les personnes sous-employées doivent se battre comme des fous pour survivre. Et c’est clair: Trump et les républicains de Washington se fichent de quelqu’un comme moi ou de quelqu’un qui ne pense pas comme eux. C’est pour ça que je me présente au Congrès.»

Sharice Davids a notamment vécu en Allemagne, élevée par une mère célibataire, militaire de carrière. Petite, inconditionnelle de Bruce Lee, elle se lance dans la capoeira, puis le karaté et le taekwondo. Elle tâte ensuite du MMA, acronyme pour Mixed Martial Arts, avec un premier combat en 2006. Ce sport de combat a eu un impact sur «tous les aspects de ma vie», dit-elle au site MMA Fighting. Il lui a notamment appris à «rester calme».

Deux Amérindiens de l’Oklahoma

Sans citer un certain président imprévisible prêt à réagir de façon épidermique à la moindre vexation, elle précise: «Quand vous passez votre temps à prendre des coups, vous savez que si vous vous mettez en colère à chaque fois, vous vous épuisez.» En 2014, alors que le circuit professionnel de l’Ultimate Fighting Championship s’ouvre toujours plus aux femmes, et ajoute la nouvelle catégorie féminine des poids pailles – la sienne –, elle espère se qualifier pour The Ultimate Fighter 20, une émission de téléréalité axée sur le sport de combat. Elle s’entraîne plus de trente heures par semaine. Mais sans le succès escompté: elle n’est pas sélectionnée. Elle décide alors d’abandonner la compétition, qu’elle juge trop barbare. Mais continue à pratiquer régulièrement le jiu-jitsu.

J'ai dû me battre toute ma vie à cause de qui je suis, de qui j'aime et de comment j'ai débuté mon existence

Sharice Davids

Sharice Davids n’est pas la seule avec un passé de MMA à siéger au Congrès: Markwayne Mullin, un représentant républicain de l’Oklahoma, a lui aussi une carrière de combattant derrière lui, à un niveau professionnel. Lui aussi, d’ailleurs, est Amérindien, de la tribu des Cherokees, comme un autre représentant du même Etat, Tom Cole.

Sharice Davids, elle, vient de la tribu des Ho-Chunk (ou Winnebagos), établie dans le Wisconsin, le Minnesota et l’Iowa. Juriste, elle s’est beaucoup engagée en faveur de la défense des Amérindiens, notamment dans la réserve de Pine Ridge dans le Dakota du Sud, où elle a travaillé pendant cinq ans. D’ailleurs, et c’est une des particularités de ces «midterms», une deuxième Amérindienne a remporté une victoire électorale en même temps qu’elle: Debra Haaland, 57 ans, membre des Laguna Pueblo, élue dans un district du Nouveau-Mexique. Une femme qui est parvenue à vaincre les démons de l’alcoolisme, mais a essuyé de vives critiques pendant sa campagne, certains lui reprochant d’avoir triché sur son «indianité», parce qu’elle a un père norvégien.

Voilà qui n’est pas sans rappeler, à un degré différent, la polémique autour de la sénatrice démocrate Elizabeth Warren (Massachusetts), que Donald Trump taxe régulièrement de «Pocahontas». Elle a dû produire un test ADN pour prouver ses racines amérindiennes. Elle n’aurait toutefois qu’entre 1/32e et 1/1024e de sang amérindien. Désormais, sans compter Elizabeth Warren, il y aura donc quatre Amérindiens au Congrès: deux hommes de droite et deux femmes de gauche.

De très violentes attaques

Atypiques en raison de l’importance des enjeux – le scrutin s’est transformé en référendum pro- ou anti-Trump –, ces élections se sont illustrées par un nombre record de femmes candidates, mais aussi de candidats LGBT. Plus de 400 gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres ont visé le Congrès en 2018, en affichant leur orientation sexuelle, souvent en réaction aux coups de semonce de Donald Trump. Cette année, une femme transgenre a même brigué un poste de gouverneur, dans le Vermont. En vain.

Sept membres du Congrès se reconnaissent aujourd’hui comme membres de la communauté LGBT. Pour l’instant, du côté des femmes, seule la sénatrice Tammy Baldwin (Wisconsin) a revendiqué son homosexualité, tandis que Kyrsten Sinema (Arizona), de la Chambre des représentants, mais qui siégera comme sénatrice dès janvier 2019, se dit bisexuelle. Toutes deux sont démocrates.

Sharice Davids n’arrive pas à Washington en terrain inconnu: elle a déjà travaillé à la Maison-Blanche sous l’administration Obama en 2016 et y a vécu la période de transition avec Donald Trump. Dans le Kansas, elle a fait l’objet de violentes attaques. «Ta socialiste de lesbienne indienne adepte de kickboxing sera renvoyée dans sa réserve», n’a pas hésité à écrire un républicain sur Facebook, en s’adressant à une responsable démocrate de la région. Elle sait qu’elle va devoir avoir le cuir épais.

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Profil

1980 Naissance le 22 mai.

2006 Se lance dans des combats de MMA en amateur.

2013 Entre dans le circuit professionnel.

2016 Obtient une bourse de la Maison-Blanche. Y travaille pendant un an.

2018 Est élue à la Chambre des représentants.

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