«Où est passé Eliahou Gourel?» Cette question, les services de sécurité israéliens se la posent depuis vendredi soir puisque ce chauffeur de taxi de la banlieue de Tel-Aviv a mystérieusement disparu après avoir chargé des clients arabes et que son véhicule a été retrouvé vide dans la banlieue de Ramallah (territoires palestiniens).

L'affaire passionne d'autant plus l'opinion publique de l'Etat hébreu que le taximan est âgé de 61 ans, qu'il passe pour un bon père de famille, et qu'il n'a pas de casier judiciaire. Pour le ministre israélien de la Défense, Chaoul Mofhaz, Gourel aurait donc été enlevé par l'un des nombreux groupuscules palestiniens refusant la «houdna» (trêve) dans le but de l'échanger contre certains de leurs militants détenus dans les prisons de l'Etat hébreu. Une thèse également défendue par le Shabak (la Sûreté générale) puisque plusieurs organisations combattantes palestiniennes dont le Hamas ont publiquement menacé d'enlever des soldats de Tsahal si l'Etat hébreu persistait à refuser de relâcher la plupart des six mille six cents prisonniers qu'il détient.

Perquisitions

Depuis vendredi, des centaines de soldats israéliens effectuent en tout cas des perquisitions dans la banlieue de Ramallah en n'hésitant pas à boucler certains quartiers et à y proclamer le couvre-feu. En outre, Mofhaz, qui a exercé de fortes pressions sur son homologue palestinien de la Sécurité intérieure Mohamad Dahlan, a obtenu que la police palestinienne lance ses propres recherches en Cisjordanie afin de retrouver le chauffeur.

La disparition de Gourel ne pouvait tomber plus mal, car elle accentue la tension entre Israël et l'Autorité palestinienne (AP) au moment où le gouvernement d'Ariel Sharon lance une nouvelle campagne destinée à déstabiliser Yasser Arafat. Estimant que le président palestinien «sape les efforts de paix» entrepris par son propre premier ministre, Mahmoud Abbas, l'Etat hébreu a en effet informé Washington de son intention de «réexaminer son lieu de résidence et son statut». Concrètement, cela signifie qu'Arafat ne bénéficiera plus de l'immunité de fait qui lui était accordée jusqu'à présent et qu'il pourrait, comme le souhaitent les «faucons» israéliens, être expulsé des Territoires à n'importe quel moment.

Avant de s'envoler dimanche à destination de Londres et d'Oslo où il sera reçu officiellement par ses homologues britannique Tony Blair et norvégien Kjeli Magne Bondevik, Sharon a d'ailleurs enfoncé le clou en accusant le président palestinien de «retarder la paix» et «d'avoir adopté la stratégie de la terreur». Des propos qui sont, par ailleurs, développés en long et en large depuis quelques jours par les commentateurs de la presse israélienne selon lesquels Arafat «encouragerait le terrorisme en sous-main» et «saperait l'autorité d'Abbas en l'empêchant l'agir».

Un rôle pour l'Europe?

Officiellement, la tournée de Sharon à Londres et à Oslo a pour but d'améliorer les relations difficiles entre Israël et l'Europe. Dans une série d'interviews accordées avant son départ, le premier ministre de l'Etat hébreu a d'ailleurs laissé entendre que celle-ci «pourrait avoir un rôle à jouer dans le processus de paix», mais à la condition «qu'elle ait une position plus équilibrée». Pour cela, Sharon demande donc aux dirigeants européens d'«écarter Arafat de la vie publique» en refusant de le rencontrer et d'avoir des contacts téléphoniques avec lui. Sera-t-il entendu? C'est peu probable, même si certains des responsables politiques italiens et slovaques de passage dans la région refusent déjà de se rendre à la «Moukhata», le bâtiment de Ramallah dans lequel le leader de l'AP vit reclus depuis plus d'un an.

Profitant de la visite que lui rendait samedi une délégation de juristes britanniques, ce dernier a en tout cas promis «de ne pas se laisser faire» si les soldats de Tsahal tentaient de l'expulser. Il a également ajouté que les déclarations de Sharon «ne l'étonnent pas». «Est-ce la première fois qu'il dit des choses pareilles?», a-t-il poursuivi. «Il racontait déjà les mêmes histoires durant le siège de Beyrouth en 1982 et pourtant je suis toujours là.»