«Cette personne n'est pas digne de gouverner Israël. Il faut qu'elle parte le plus rapidement possible.» L'ex-ministre des Finances Binyamin Netanyahou ne prend désormais plus de gants pour attaquer Ariel Sharon qu'il accuse, selon les auditoires auxquels il s'adresse, d'«être incompétent» ou d'«ouvrir la porte au terrorisme en permettant aux hommes de Ben Laden de s'installer dans la bande de Gaza».

En effet, au sommet de sa popularité dans les sondages (selon le quotidien Yediot Aharonot, 54% des Israéliens souhaitent d'ailleurs le voir ordonner le démantèlement d'autres colonies en Cisjordanie), le Premier ministre de l'Etat hébreu commence à payer le prix politique de son plan de désengagement au sein du Likoud (son parti) où les «faucons» sont majoritaires. Publiés dans le courant de la semaine écoulée, quatre sondages effectués par des instituts différents affirment d'ailleurs que si les élections primaires du Likoud étaient organisées aujourd'hui, Sharon serait débarqué de la direction de ce parti au profit de Netanyahou ou de l'ex-ministre Ouzi Landau, un autre opposant au retrait de la bande de Gaza.

«Concrètement, Sharon et ses hommes ne contrôlent plus leur parti», explique la chroniqueuse politique Ayala Hasson. «Certes, pour l'heure, les proches du premier ministre mettent tout en œuvre pour retarder l'examen d'une demande de convocation d'un congrès d'automne au cours duquel leur patron serait viré comme un malpropre par les «faucons». Mais ils ne pourront pas tirer l'affaire en longueur pendant trop longtemps.» Et de poursuivre: «Tout va se jouer après la période des grandes fêtes juives (ndlr: au début octobre). A ce moment-là, s'il sent qu'il n'a plus aucune chance de reprendre le contrôle de la situation, le premier ministre suivra les conseils de son entourage. Il quittera le Likoud pour créer un parti plus centriste avec l'aide des quelques fidèles qui le suivront.»

Pour corser davantage cette situation délicate, certains travaillistes plaident pour le retour de leur parti dans l'opposition «puisque le désengagement a eu lieu et que nous ne pouvons pas cautionner la politique antisociale de la droite». Quant aux petites formations arabes et progressistes qui avaient soutenu le premier ministre afin de lui permettre de faire voter la loi sur le désengagement, elles jurent qu'elles «n'en feront pas davantage». Et qu'elles s'opposeront au projet de budget lorsque celui-ci sera présenté à la Knesset vers octobre-novembre.

Tous les éléments se mettent donc en place pour que Sharon n'arrive pas au terme de son mandat (octobre 2006). Et pour que des élections anticipées soient annoncées d'ici à la fin de l'année. «Au-delà de l'intérêt israélo-israélien de ce drame, cette situation alambiquée aura des répercussions sur toute la région puisque les élections, qui se dérouleront vraisemblablement à la même période que celles annoncées dans l'Autorité palestinienne (25 janvier 2006), paralyseront pour longtemps le processus de reprise du dialogue entre les deux parties», explique Hanan Krystal, le principal commentateur de Kol Israël (la radio publique).

Entouré de sa garde prétorienne (une quinzaine de conseillers parmi lesquels son fils Omri), Sharon – qui parle habituellement peu – refuse plus que jamais de dévoiler ses intentions aux journalistes israéliens qui le pressent de questions. Manifestement éprouvé par le désengagement et par les nombreuses attaques personnelles émanant de ses anciens amis politiques, il continue de jurer comme si de rien n'était que «le Likoud se porte bien» et qu'il achèvera son mandat «comme prévu».

«S'il ne tenait qu'à lui, le premier ministre resterait effectivement à la tête du Likoud puisqu'il en a été, au début des années 1970, l'un des cofondateurs avec Menahem Begin», affirme l'éditorialiste du quotidien Maariv, Ben Caspit. «Mais ses proches lui ont bien fait comprendre qu'à moins d'un retournement de situation imprévisible, cela ne sera sans doute pas le cas. Dès lors, voyant sa route barrée sur la droite par Netanyahou, Sharon se met à convoiter le centre. Parce que ce vivier de voix apprécie la manière dont il combat le terrorisme tout en approuvant le récent démantèlement des colonies, et parce qu'il est le seul à pouvoir lui permettre de rester au pouvoir.»

Pour conforter cette analyse, les sondages qui se multiplient au rythme d'un par jour confirment que si des élections législatives devaient être organisées dans les prochains jours, le «Likoud centriste» de Sharon battrait à plates coutures le «Likoud droitier» emmené par Netanyahou ou par Landau.