Avant même que les Israéliens ne se soient rendus aux urnes, Le Caire semble déjà résigné à la victoire d'Ariel Sharon. «Tout le monde regarde sa future élection avec un sentiment de fatalité, comme une tragédie grecque», remarque le politologue égyptien Mohammed Sid Ahmed. Mais cette résignation cache mal un profond malaise devant le chapitre inconnu qui s'ouvre au Proche-Orient.

Dans le premier pays à avoir signé un traité de paix avec Israël, le candidat du Likoud inspire d'abord la peur. Sa carrière militaire évoque de mauvais souvenirs: en 1973, lors de la guerre du Kippour, il passe le canal de Suez avec ses troupes, renversant l'équilibre en faveur d'Israël. En 1982, pendant l'offensive israélienne au Liban, il laisse massacrer les civils palestiniens des camps de Sabra et Chatila.

Les menaces d'un de ses conseillers, qui promettait le bombardement du haut barrage d'Assouan si l'Egypte interférait trop dans la politique israélienne, n'ont pas contribué à rassurer. Depuis le début du processus de paix et ses formulations diplomatiques compassées, on n'avait jamais vu une telle rupture de ton. Hosni Moubarak s'est d'ailleurs empressé d'affirmer que son pays ne répondrait pas aux provocations israéliennes.

Car Le Caire veut aussi jouer la carte du pragmatisme. Il est désormais clair pour tout le monde que Hosni Moubarak accueillera Ariel Sharon au Caire comme il a accueilli Ehud Barak. Considéré comme un traître à la cause arabe dans les territoires palestiniens, le président égyptien risque pourtant gros sur la scène intérieure: difficile d'imaginer le public, islamiste ou pas, voir avec plaisir les deux hommes se serrer la main devant les photographes. Hosni Moubarak marche sur des œufs, parlant diplomatie à l'extérieur tout en donnant des gages au sentiment populaire anti-israélien. Pour l'instant, malgré des hauts et des bas, la recette marche encore. Au Caire, une des chansons les plus en vogue proclame: «Je déteste Israël et j'aime Hosni Moubarak».