Surnommé par ses administrés le «shérif», le maire léguiste de Trévise, Giancarlo Gentilini, vient encore une fois de dégainer et de provoquer d'intenses polémiques. En signe de bienvenue à l'adresse du candidat de la gauche aux législatives, Francesco Rutelli, qui a entamé à partir de la Vénétie un tour d'Italie électoral en train, Giancarlo Gentilini a en effet déclaré: «J'ai déjà promis à Rutelli de l'envoyer en exil.» Et d'ajouter: «En utilisant des termes imagés, j'ai aussi promis de tous les jeter dans le Tibre.» Pour bien faire comprendre sa pensée, Gentilini a insisté: «Les responsables du centre gauche sont dans le corridor de la mort.»

Mêlant le geste à la parole, le maire de Trévise a ensuite fait semblant de tenir un lapin par les oreilles pour lui donner un coup de bâton mortel: «Ils attendent un coup comme ça, comme on fait avec les lapins.» «Quand nous aurons pris le pouvoir, on ne le lâchera pas», a-t-il conclu, à moins de trois mois du scrutin législatif.

Le président du Conseil, Giuliano Amato, a transmis les déclarations de Gentilini au ministre de l'Intérieur afin que celui-ci envisage l'hypothèse de sanctions administratives. Il faut dire que Giancarlo Gentilini est un récidiviste. Il y a quelques mois, le «shérif», qui a entre autres fait retirer les bancs publics de sa ville pour éviter que les immigrés puissent s'y reposer, avait souhaité «que l'on donne des costumes de lapins aux extracommunautaires pour que les chasseurs puissent s'entraîner». Traduit en justice, Gentilini a été relaxé. Les juges ont estimé, comme l'a prétendu l'inculpé, qu'il ne s'agissait que d'une plaisanterie.

Silvio Berlusconi emprunté

En réponse aux réactions de la gauche à la suite de ses récents propos, Giancarlo Gentilini s'est justifié en évoquant l'art de la «métaphore»: «Quand j'ai parlé de condamnation à mort, je parlais de mort politique.» Reste que dans le camp de Rutelli, on a expressément demandé à Silvio Berlusconi de se dissocier de son allié léguiste. «Si Berlusconi ne réagit pas, cela signifie que la Maison des libertés (la coalition de centre droit) accueille des locataires que l'on n'oserait même pas emmener dans une fête villageoise. Imaginez-vous ces locataires dans un gouvernement qui veut être au niveau de l'Europe.» «C'est sûr que Gentilini a eu tort», a finalement estimé le dirigeant de l'opposition de droite, «mais que devrais-je dire moi qui suis continuellement insulté»?