«Shimon Peres lutte pour sa vie.» Ainsi titrent les principaux quotidiens populaires israéliens qui ne semblent pas croire aux chances de voir l’ex-président de l’Etat hébreu (93 ans) survivre à l’accident vasculaire cérébral majeur qui l’a frappé mardi.

Hémorragie cérébrale

Le Prix Nobel de la paix s’est senti mal au sortir d’une rencontre avec des industriels israéliens, après avoir tourné une vidéo vantant la qualité des produits locaux. Immédiatement emmené à l’hôpital Sheba de Tel-Aviv, il a été victime d’une hémorragie cérébrale alors qu’une équipe médicale s’occupait déjà de lui. Selon son entourage, son état est «critique mais stable» et sa vie est toujours en danger.

A l’origine Shimon Persky, dit Shimon Peres, voulait devenir agriculteur. Mais il a croisé la politique alors qu’il n’était pas encore âgé de 18 ans et il n’a plus arrêté depuis lors, gravissant tous les échelons de l’establishment travailliste et de l’Etat hébreu.

«C’est un peu difficile d’imaginer la vie sans Shimon Peres puisqu’il fait partie de notre paysage politique depuis plus de soixante ans», affirme Eytan Haber, l’ex-porte-parole d’Yitzhak Rabin lorsque ce dernier dirigeait le gouvernement au début des années 1990. «Figure du Parti travailliste, député, ministre à de très nombreuses reprises, premier ministre et président de l’Etat, Shimon Peres a toujours été là d’une manière ou d’une autre. Rares sont les Israéliens qui ne l’ont pas croisé dans un événement quelconque ou dans une cérémonie officielle. C’est pour cela que l’annonce de son hospitalisation provoque un gros choc et que sa disparition éventuelle leur donnerait l’impression d’être orphelins.» Et de poursuivre: «Ces dernières années, même ceux qui l’ont honni à la suite des accords de paix d’Oslo conclus avec les Palestiniens [1993] le traitaient avec respect. Parce qu’il incarnait physiquement Israël et qu’il se retrouvait au centre d’un consensus national interdisant de le critiquer».

Dans cette optique, la plupart des commentateurs israéliens présentent évidemment Shimon Peres comme un «géant» de l’histoire de leur pays. Un «monument» qui a participé à toutes les phases de l’histoire israélienne et avec lequel aucune autre personnalité politique vivante ne peut rivaliser. «Il figure dans une division à part», écrit d’ailleurs Nahum Barnéa, éditorialiste du quotidien Yediot Aharonot.

La politique, sa «raison d'être»

Seul bémol dans ce concert de louanges, les prises de position de quelques personnalités arabes israéliennes tel le député Bassel Ghattas (Liste unie) qui le présente comme un «politicien retors et sanguinaire». Un «dictateur couvert du sang palestinien de la tête aux pieds» parce qu’il a, durant les années 1970-80, largement favorisé la colonisation des territoires occupés par Israël depuis la guerre des Six jours (juin 1967).

Officiellement, Shimon Peres a pris sa retraite en juillet 2014, à la fin de son deuxième mandat de président de l’Etat. Mais il ne s’est jamais vraiment retiré de la scène politique malgré des problèmes de santé récurrents qui lui ont valu d’être hospitalisé à deux reprises au cours de ces derniers mois.

«Cela n’est pas étonnant parce que la vie publique et le développement d’Israël ont toujours été sa raison d'être, estime le spécialiste Amit Segal. La politique, la vie publique, c’est ce qu’il a toujours aimé. Il n’a donc pas pu s’arrêter de prendre position, d’intervenir et de lancer des projets malgré les appels à la modération que lançait son entourage inquiet.»