Deuxième Guerre mondiale

Le siège de Leningrad, une tragédie inouïe

«Un furieux déluge de bombes aériennes et d’obus d’artillerie s’abat sans trêve sur Leningrad encerclée, où tiennent encore quatre millions et demi de Russes. […]

Il y a quelques jours déjà, Berlin annonçait que l’ancienne capitale russe subirait bientôt le même sort que Varsovie, à moins qu’elle ne se décide à capituler. […]

Le Reich ne paraît pas escompter une reddition; les déclarations répétées des chefs rouges ont trop souvent affirmé que la ville serait défendue jusqu’au bout par ses habitants des deux sexes et de tous âges et hier les milieux berlinois évitaient de faire des pronostics sur la durée du siège. […] »

«La libération de Leningrad a mis fin à l’une des tragédies les plus terribles des temps modernes. Il se passera encore quelque temps avant que l’histoire détaillée des souffrances du siège de Leningrad soit écrite, mais on peut se les imaginer, si l’on connaît les rations alimentaires auxquelles étaient réduits les habitants, l’hiver dernier. Ils n’avaient, par jour, les derniers temps, que 125 gr. de pain et une assiettée de soupe claire. La détresse augmenta encore quand le combustible se fit rare. Les malheureux habitants se virent forcés de brûler les poutres des maisons détruites par la Luftwaffe. Quand ce dernier renfort eut été convoqué, ils restèrent transis dans leurs demeures glaciales, s’emmitouflant de tout ce qui leur tombait sous la main.

Les ouvriers des fabriques d’armement, grelottant dans leurs manteaux d’hiver et leurs bottes de feutre, travaillaient sans répit aux tours et aux perceuses pour produire nuit et jour des obus, des canons et d’autres armes. La température était si basse dans les fabriques que la peau s’écaillait, si elle entrait en contact avec les machines glacées.

Les écoliers, qui servaient de manœuvres, souffraient plus que les autres de la sous-alimentation. Leurs joues creusées et leurs yeux caves brillants de fièvre faisaient pitié.

Les souffrances s’accrurent encore quand les usines électriques suspendirent leur production. Toute la circulation fut interrompue, et l’eau vint à manquer. On vit les pères de famille casser chaque jour la glace de la Neva pour puiser l’eau qu’ils rapportaient chez eux, dans des seaux juchés sur des traîneaux.

Des milliers d’habitants moururent par suite des privations, mais la résistance morale de la population ne faiblit jamais, malgré les bombardements aériens et les batteries ennemies.

Au printemps 1942, dès le retour des jours tièdes, la foule envahit les places pour tâcher de se réchauffer aux rayons du soleil. Les parcs et les squares étaient lamentables à voir. Il n’y restait plus un seul arbre. Les forêts des alentours également avaient été rasées, pour être transformées en bois de chauffage. Pour compléter leur approvisionnement, les habitants se mirent à planter des légumes dans les jardins publics et tâchèrent de s’approvisionner pour l’hiver suivant.

Les souffrances inouïes des habitants de Leningrad ont heureusement pris fin le 18 janvier, quand l’armée rouge réussit à ouvrir un corridor à travers les lignes ennemies et à rompre l’encerclement de la ville. Mais, pour beaucoup d’entre eux, l’aide est arrivée trop tard. Il faudra des mois aux survivants pour se remettre de leurs souffrances. »

« Les écoliers souffraient plus que les autres de la sous-alimentation. Leurs joues creusées et leurs yeux caves brillants de fièvre faisaient pitié »

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