Après avoir longtemps résisté aux pressions des défenseurs des droits humains, la Sierra Leone est devenue vendredi le dernier pays en date à abolir la peine de mort. «Aujourd’hui, nous écrivons à nouveau une page d’histoire. Nous exorcisons en tant que Nation les horreurs d’un passé cruel», a déclaré le président Julius Maada Bio lors de la cérémonie de promulgation de l’abolition à Freetown, capitale de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.

«Au bout de vingt ans, nous tenons la promesse que nous nous étions faite en tant que nation: au bout de vingt ans, la peine de mort est enfin totalement abolie en République de Sierra Leone», a-t-il dit. Une cinquantaine d’Etats continuent d’appliquer la peine capitale dans le monde, par décapitation, pendaison ou encore injection létale.

La dernière exécution en 1998

Sur le continent africain, une trentaine de pays maintiennent ce châtiment dans leur législation, mais une bonne partie d’entre eux n’ont pas procédé à des exécutions ces dernières années. En avril, la Cour suprême du Malawi a déclaré la peine capitale contraire à la Constitution.

En Sierra Leone, la première exécution capitale remonte officiellement à 1798, une décennie après la fondation de la colonie par la Grande-Bretagne pour des esclaves affranchis, a indiqué à l’AFP le ministre adjoint de la Justice Umaru Napoleon Koroma, joint au téléphone.

La loi sierra-léonaise de 1991 prévoyait la peine capitale pour le vol aggravé, le meurtre, la trahison et la mutinerie. Les dernières exécutions dataient de 1998, quand 24 officiers de l’armée avaient été mis à mort après une tentative de coup d’Etat un an auparavant. Les peines de mort étaient généralement commuées en réclusion à perpétuité.

Une peine de 30 ans d’emprisonnement

En 2020, le président a commué sept peines de mort, a dit le ministre adjoint de la Justice. Mais 94 personnes restaient sous le coup d’une telle condamnation à la fin de l’année dernière, a-t-il dit. La Sierra Leone, comme les autres pays non abolitionnistes, restait critiquée par les défenseurs des droits humains pour la persistance de la peine dans la loi.

Le gouvernement a annoncé sa volonté d’abolition en mai. Le 23 juillet, à l’issue d’un vif débat, les députés ont voté l’abolition de la peine de mort, remplacée par une peine d’emprisonnement à perpétuité ou à un minimum de 30 ans. L’abolition restait cependant suspendue à la promulgation par le chef de l’Etat.

«Nous n’exécuterons plus jamais personne»

«La première fois que j’ai proposé d’abolir entièrement la peine de mort pour tous les crimes capitaux, cela a rencontré un large scepticisme, du cynisme et même une hostilité ouverte», a-t-il dit vendredi. «Ma position était de dire non à la peine de mort sous toutes ses formes, pour quelque crime que ce soit», a-t-il dit parlant de châtiment «cruel, inhumain et dégradant».

«Nous sommes un pays civilisé; nous ne devons exécuter personne et nous n’exécuterons plus jamais personne dans cette République souveraine», a-t-il dit. «En abolissant la peine de mort en Sierra Leone, nous affirmons aujourd’hui notre foi dans le caractère sacré de la vie», a-t-il déclaré.

Onze ans de guerre

Malgré un sol riche en diamants, la Sierra Leone est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Son économie, gangrenée par la corruption, a été dévastée par une guerre civile atroce (1991-2002) qui a fait quelque 120 000 morts.

Une commission vérité et réconciliation mise en place pour enquêter sur le brutal conflit avait recommandé dans les années 2000 l’abolition de la peine de mort, l’assimilant à «un affront à la civilisation». Mais les dirigeants sierra-léonais s’y étaient opposés. Les tribunaux ont ainsi condamné 84 personnes à la peine de mort entre 2016 et 2020, selon l’ONU.

«Aujourd’hui, nous honorons une recommandation cruciale de la commission vérité et réconciliation», a dit le président.