«Les enquêteurs du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) ont détecté le signal des balises des enregistreurs de bord», a affirmé dimanche l’enquêteur principal comorien, Ali Abdou Mohamed, dans un communiqué. Une annonce confirmée par le BEA, l’organisme français qui aide les responsables comoriens. La porte-parole du BEA n’était pas en mesure de dire combien de temps prendrait la récupération des enregistreurs de vol. De la taille d’un gros tube d’aspirine, les balises émettent sous l’eau un signal acoustique (1 bip/seconde à 37,5 kHz) pendant au moins trente jours, ce qui facilite leur localisation.

L’appareil de la Yemenia s’est abîmé en mer dans la nuit de lundi à mardi peu avant son atterrissage, avec 153 personnes à bord. Un seul passager, une adolescente de 12 ans, a survécu. Les recherches dépendent maintenant largement de la profondeur des fonds marins de cet archipel de l’océan Indien, environ 2000 mètres dans cette zone, et de leur relief --volcanique à cet endroit. De nombreux moyens, comoriens, français, yéménites, américains et italiens sont sur place. Mais «à ce stade de l’enquête, rien ne permet de déterminer les circonstances et les causes de l’accident».

L’enquête technique est menée par l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie des Comores, avec la participation de son homologue du Yémen, du BEA, du Bureau américain de la sécurité des transports (NTSB), des conseillers de Yemenia, d’Airbus et du motoriste américain Pratt et Whitney.

Les deux boîtes noires, en réalité de couleur orange, ont des fonctions bien distinctes. Long de 48 cm, haut de 15 cm et large de 12 cm, le DFDR (digital flight data recorder) contient l’enregistrement seconde par seconde sous forme numérique de tous les paramètres de vol de l’avion (vitesse, altitude, trajectoire...). De taille un peu plus réduite, le CVR (cockpit voice recorder), l’enregistreur de vol «phonique», comprend les conversations mais aussi tous les sons et annonces entendus dans le cockpit.

La mémoire proprement dite est protégée par un boîtier blindé représentant environ 7 kg sur 10, pouvant résister à une immersion d’un mois à 6000 mètres de profondeur, à un incendie d’une heure à 1100°C ou à des forces d’écrasement d’environ 2,2 tonnes. L’analyse des boîtes noires permet dans 90% des cas de déterminer les causes d’un accident, selon Robert Galan, pilote et expert auprès des tribunaux français.

Hommages et «vols-poubelle»

Samedi, la communauté comorienne de Marseille a rendu hommage aux victimes par une marche silencieuse, et dimanche après-midi une manifestation similaire est prévue à Paris. Samedi encore, Yemenia avait d’abord annoncé suspendre tous ses vols à destination de Moroni – la capitale des Comores, où devait se poser l’A310 – qu’elle desservait via la capitale yéménite, Sanaa, avant de revenir sur cette décision en maintenant les vols réguliers, mais en supprimant les vols additionnels. Depuis le crash, des membres de la communauté comorienne de France manifestent leur colère contre les «vols-poubelle» à destination de l’archipel de l’océan Indien, reprochant aussi à la France d’avoir négligé leur sécurité.