Dans le sillage des débris: frustrations, colère et rumeurs

Peut-on encore faire confiance aux autorités malaisiennes, alors que les débris du vol MH370 retrouvés à La Réunion devraient, très vite, donner de solides indications sur les conditions de sa disparition dans l’océan Indien? Pour les familles des passagers, notamment en Chine d’où la plupart d’entre eux provenaient, la réponse est clairement négative. Le fait que la Malaisie ait déclaré, le 29 janvier dernier, que la disparition du Boeing 777 reliant Kuala Lumpur à Pékin dans la nuit du 7 au 8 mars 2014 était «accidentelle», ouvrant la voie au dédommagement des proches, n’a en rien calmé le flot de frustrations et de rumeurs. Impossible, par exemple, de calmer les amateurs de théories du complot qui, aussitôt les premiers indices retrouvés à La Réunion, ont réajusté leurs cartes et leurs scénarios, en reparlant d’un possible tir de missile qui aurait fait exploser l’appareil, d’une bavure militaire ou d’une tentative de détournement terroriste qui aurait mal tourné.

La Malaisie empêtrée

L’élément dominant, chez les familles des 239 personnes qui se trouvaient à bord cette nuit-là, est l’impression que la Malaisie n’a pas intérêt à dire la vérité. Empêtrées dans la plus grande tempête aérienne de l’histoire récente, avec deux avions de ligne disparus coup sur coup dans des circonstances troubles – le MH370 au-dessus de l’océan Indien et le MH17 au-dessus de l’Ukraine en juillet 2014 – les autorités de Kuala Lumpur auraient beaucoup à perdre si l’analyse technique démontrait que le Boeing a disparu dans des circonstances bien éloignées d’un classique «accident».

Plus récemment, différents blogueurs malaisiens ont aussi fait le lien entre la gêne des autorités sur ce dossier et les affaires politico-financières qui collent aux basques du premier ministre malaisien Najib Razak. Très difficile pour celui-ci de rester en fonction si, alors que ses opposants l’accusent d’avoir empoché indûment 700 millions de dollars pour financer sa dernière campagne électorale, des révélations gênantes sur le MH370 viennent entacher la version «officielle».

L’autre pan de l’affaire, que promettent de relancer les investigations françaises, est l’aspect judiciaire. Plusieurs associations de familles de passagers se sont constituées en Chine et ont approché des avocats internationaux pour parer à toutes les hypothèses. Mais là aussi gare: le gouvernement de Pékin n’a pas envie de voir ses citoyens demander réparation unilatéralement à Kuala Lumpur, tandis que des catastrophes aériennes endeuillent régulièrement le ciel chinois. Bref, la raison d’Etat plane plus que jamais sur le vol fatidique.

Dernier point: les systèmes de surveillance radar de la région risquent, si le voile est levé sur la trajectoire exacte de l’avion, d’être pointés du doigt pour leur défaillance. Ce qui, dans une région toujours sous tension militaire, n’est pas non plus pour plaire aux autorités des pays concernés.