Depuis le site de crémations de masse improvisé sur une berge de la rivière Bagmati, les colonnes de fumée montent dans le ciel nuageux de Katmandou. Immobile, Bhavita Manandhar fixe le bûcher en flammes où repose sa mère, décédée la veille du Covid-19, à l’âge de 65 ans. Dans un frisson, elle resserre son châle blanc, signe du deuil hindou, autour de ses épaules. Elle suit des yeux le manège de l’employé du crématorium qui, en combinaison protectrice, navigue entre les bûchers et attise les feux de son bâton. Lui s’appelle Ram Bhika et, bien que submergé par l’afflux soudain des corps, dit ne faire que son «devoir» et être «bien obligé de gagner un salaire». Au même moment, un camion déverse des bûches pour les prochaines crémations et une pelleteuse fait irruption pour aplanir la berge opposée, afin de la convertir à la hâte en un autre site de crémation.