«Nous voulons battre définitivement la mafia d’ici à la fin de la législature», avait déclaré le mois dernier Silvio Berlusconi. Alors que les arrestations de parrains de la mafia sicilienne, de la ’Ndrangheta calabraise ou de la Camorra napolitaine se multiplient depuis plusieurs mois, le gouvernement a décidé de mettre en œuvre, jeudi, un nouveau plan d’envergure pour lutter encore plus efficacement contre la criminalité organisée, véritable plaie du pays, notamment dans le Mezzogiorno.

Symboliquement, le Conseil des ministres s’est ainsi tenu à Reg­gio de Calabre, où les très redoutables clans ont défié l’Etat en plaçant une bombe, début janvier, devant le Parquet de la ville. Silvio Berlusconi et son ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, ont ainsi dévoilé un programme d’action en dix points qui prévoit entre autres «un code des lois anti-mafia et l’instauration d’une agence nationale devant gérer les biens saisis à la criminalité».

Perplexité

«Une de nos armes principales, c’est la saisie des biens», a détaillé Roberto Maroni, rappelant que «ces 18 derniers mois, nous avons saisi ou placé sous séquestre plus de 15 000 biens divers d’une valeur d’environ 9 milliards d’eu­ros». Le chef du gouvernement a également évoqué l’établissement d’une «liste noire» des entreprises soupçonnées d’être liées à la mafia pour éviter qu’elles ne participent même indirectement aux appels publics.

Reste que les spécialistes de l’anti-mafia sont perplexes sur la volonté réelle du gouvernement d’anéantir la Pieuvre. Non seulement parce que Silvio Berlusconi a récemment été accusé par un mafieux repenti, Gasparre Spatuzza, d’avoir été le référent politique de Cosa Nostra. Les déclarations de ce dernier n’ont pas été, semble-il, jugées suffisamment probantes. Mais son ancien bras droit Marcello Dell’Utri a été condamné en première instance à neuf ans de réclusion pour collusion avec la mafia.

L’un des sous-secrétaires d’Etat de son gouvernement, Nicola Consentino, est quant à lui soupçonné de complicité avec la Camorra. Surtout, les attaques répétées contre les juges ou encore le bouclier fiscal qui a permis de rapatrier les biens illégalement placés à l’étranger sont perçus comme des cadeaux à la Pieuvre. Les propos du chef du gouvernement contre les films sur la mafia qui «portent préjudice à l’image de marque du pays» ont également suscité des doutes sur sa volonté d’affronter le phénomène.

A Reggio de Calabre, le président du Conseil a par ailleurs soutenu «qu’une réduction du nombre d’immigrés en Italie signifie moins de forces qui vont grossir les rangs des criminels». La déclaration a provoqué une vive polémique reléguant pratiquement au second plan le décalogue anti-mafia. Néanmoins, les nouvelles mesures contre la Pieuvre interviennent au moment où le patronat italien décide lui aussi de s’engager fermement contre le pouvoir des clans. Jeudi, la présidente de la Confindustria, Emma Marcegaglia, a annoncé que tout entrepreneur qui refuserait de dénoncer le racket dont il fait l’objet serait à l’avenir exclu de l’association.