Œil pour œil, caniveau pour caniveau. Contre ceux qui lui demandent de rendre des comptes, le chef du gouvernement italien s’apprêterait, à travers son empire économique et médiatique, à faire les poubelles et à remuer la boue. Ainsi, après avoir déposé plainte pour « diffamation » et réclamé un million de dommages-intérêts à l’encontre du quotidien La Repubblica qui, chaque jour, publie dix questions au président du Conseil parmi lesquelles « saviez vous que les dizaines de femmes que vous avez accueillies chez vous étaient des prostituées ? », Il Giornale, quotidien contrôlé par son frère Paolo Berlusconi, a déjà engagé depuis quelques jours une campagne de discrédit. En ligne de mire: les dirigeants de Repubblica, des personnalités de l’opposition de gauche et jusqu’au directeur de L’Avvenire, le quotidien de la conférence épiscopale italienne (Cei).

L’annonce, la semaine dernière, d’un recours en justice contre le Nouvel Observateur qui a consacré en juillet un long article aux scandales de mœurs du Cavaliere mais aussi l’hypothèse de dépôts d’autres plaintes contre plusieurs titres étrangers n’étaient qu’une première étape dans la contre-offensive.

La seconde a été enclenchée par Vittorio Feltri, journaliste provocateur et sans scrupules, récemment nommé directeur de Il Giornale. Dès le début du mois d’août, l’analyste politique Giampaolo Pansa mettait en garde: « Repubblica couvre de boue la vie privée du Cavaliere ? Le Giornale de Feltri va en faire autant contre les responsables du groupe Repubblica Espresso. Le sang et des choses encore plus immondes vont couler dans la presse écrite ». Depuis quelques jours, Il Giornale lance ainsi des accusations contre Ezio Mauro, le directeur de Repubblica soutenant que celui-ci aurait payé une partie de l’achat d’un logement au noir. « Je ne suis pas un fraudeur » a vivement démenti l’intéressé alors que le journal berlusconien tirait aussi des portraits à charge contre Carlo De Benedetti et Eugenio Scalafari, respectivement propriétaire et fondateur de La Repubblica. Mais jusqu’à présent, le coup le plus dur a été porté contre Dino Boffo, le directeur de L’Avvenire qui n’a pas ménagé dans les derniers mois, ses critiques à l’égard du gouvernement de droite et du comportement privé de Silvio Berlusconi. Il Giornale est allé récupéré une vielle et tortueuse histoire de mœurs.

Accusé d’avoir harcelé téléphoniquement une femme de Terni pour qu’elle abandonne son mari avec lequel Dino Boffo aurait entretenu une relation homosexuelle, celui-ci aurait devant la Justice reconnu les faits et payé une amende. L’intéressé affirme aujourd’hui que c’était pour protéger un toxicomane malade du Sida, aujourd’hui décédé, et qui se serait servi de son téléphone portable. « C’est une attaque grave et dégoûtante » a dénoncé le cardinal Angelo Bagnasco, président de la Cei. Face à la réaction indignée de nombreux prélats et au risque de se couper d’une partie de l’église catholique, Silvio Berlusconi a affirmé qu’il n’était pas au courant de l’initiative de Feltri. Celui préparerait toutefois d’autres cartouches notamment contre plusieurs responsables du parti démocrate.

« Tant que les moralistes spéculeront sur ce qui se passe sous les draps des autres (à savoir Berlusconi, ndlr), nous irons regarder sous les leurs » a prévenu Vittorio Feltri