Pour la quatrième fois depuis son entrée en politique il y a quatorze ans, Silvio Berlusconi a prêté serment jeudi devant le chef de l'Etat, Giorgio Napolitano, au palais présidentiel du Quirinal. Il était entouré de sa nouvelle équipe de 21 ministres dont la composition a été annoncée d'une manière exceptionnellement rapide mercredi soir (LT du 8.5.08). A peine chargé de former le nouvel exécutif, Silvio Berlusconi a en effet dévoilé la liste du gouvernement.

«Berlusconi a innové. C'est un signal, seulement un signal, mais c'est celui que l'opinion publique attendait depuis les législatives», a souligné hier Stefano Folli, l'éditorialiste du quotidien économique Il Sole 24 Ore. En 1994, il avait fallu douze jours à Silvio Berlusconi pour former son premier gouvernement. Seize heures, en 2001 - un nouveau cabinet Berlusconi III avait été formé durant la législature.

En procédant de la sorte, le nouveau président du Conseil a voulu montrer son intention d'agir vite, à la tête d'une équipe resserrée. «Je dispose de cent jours pour ne pas décevoir les attentes des Italiens et de cinq ans pour changer le pays», a expliqué Silvio Berlusconi. Dans ce contexte, le vainqueur des élections a renoncé à certaines de ses propositions avancées dans les dernières semaines. Il avait en effet évoqué l'hypothèse d'embarquer des ministres d'ouverture sur le modèle de Nicolas Sarkozy, promis une féminisation de l'exécutif et assuré «qu'il y aurait des surprises». Au final, le gouvernement est avant tout l'expression de sa majorité de droite dure qui a largement remporté les élections législatives de la mi-avril.

Hier, la presse transalpine remarquait ainsi qu'aucune place n'a été accordée à des techniciens ou des personnalités de la société civile. Le tout au profit «de colonels» des partis. Silvio Berlusconi s'est en particulier appuyé sur des fidèles de Forza Italia et des politiciens expérimentés afin que son équipe soit «immédiatement opérationnelle».

«Plus d'excuses»

Le Cavaliere a également expliqué qu'il avait l'intention de ne pas se faire «piéger» par ses alliés: «Je ne veux pas subir les diktats des uns et des autres. Si c'est nécessaire, je déciderai seul. Les électeurs ont voté pour moi et c'est de moi qu'ils attendent des solutions. [...] Toutes les conditions sont réunies pour réussir. Cette fois, nous n'avons plus d'excuses», a ajouté mercredi soir Silvio Berlusconi.

«L'ample victoire des législatives et une opposition déchirée lui offrent des marges de manœuvre quasi illimitées. Cette fois-ci, il n'aura aucune circonstance atténuante», confirmait hier le Corriere della Sera, estimant qu'il avait formé «un gouvernement à son image».

Silvio Berlusconi sait qu'il doit obtenir rapidement des résultats, «sinon nous serons emportés». Le gouvernement devrait ainsi adopter au plus vite l'abolition de la taxe foncière sur la résidence principale et la détaxation des heures supplémentaires, deux mesures phares annoncées en campagne électorale. Mais, conscient des difficultés que traverse aujourd'hui l'Italie, le président du Conseil a aussi averti qu'il «n'avait pas de baguette magique». Son ministre de l'Economie, Giulio Tremonti, n'a pour sa part pas exclu des «sacrifices». D'autant que le nouveau gouvernement va devoir s'occuper en urgence du dossier Alitalia ou encore de la crise des ordures à Naples. C'est d'ailleurs dans la cité parthénopéenne que le gouvernement tiendra son premier Conseil des ministres.

L'opposition de centre gauche tente quant à elle de se réorganiser. Le secrétaire du Parti démocrate, Walter Veltroni, devrait présenter dès ce vendredi son cabinet fantôme.