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Late Auschwitz survivor and French health minister Simone Veil and her late husband Antoine Veil appear on a giant banner on the Pantheon in Paris, France June 27, 2018. REUTERS/Benoit Tessier NO RESALES. NO ARCHIVES

International

Simone Veil au Panthéon, la République reconnaissante

L'ancienne ministre française est décédée le 30 juin 2017. Son entrée au Panthéon, aux cotés de son mari, marque la reconnaissance solennelle de la République

Deux cercueils posés côte à côte, gardés par deux gardes républicains, dans la crypte du Mémorial de la Shoah. Avant le départ de leurs dépouilles vers le Panthéon ce dimanche matin, Simone et Antoine Veil ont reçu, ces dernier jours, un ultime hommage à leur image. Dépouillé. Solennel. Inscrit à jamais dans l'histoire tourmentée de la République française dont cette grande dame politique fut l'une des figures les plus marquantes de l'après-guerre.

Simone Veil ou le combat pour les valeurs d'une France moderne, tolérante, capable aussi de se réconcilier avec elle même, où les victimes exigent reconnaissance autant que réparations. Le discours d'Emmanuel Macron, dimanche à 11h30, devant le Panthéon, dira tout cela. L'histoire. Mais aussi l'avenir dans lequel la jeune déportée au camp d'extermination d'Auschwitz, envoyée pour y mourir en septembre 1944 et finalement survivante, ne cessa jamais de croire. Elle ne retourna dans le camp qu'en décembre 2004, avec les siens, concluant sa visite d'une phrase. Le tapis déroulé pour accueillir le cortège funéraire est bleu, aux couleurs de l'Europe pour laquelle elle militant tant: « Un nouvel engagement doit être pris pour que les hommes s’unissent au moins pour lutter contre la haine de l’autre, contre l’antisémitisme et le racisme, contre l’intolérance déclara-t-elle à Auschwitz, entouré des siens. Les pays européens qui, par deux fois ont entraîné le monde entier dans des folies meurtrières ont réussi à surmonter leur vieux démons. C’est ici, où le mal absolu a été perpétré, que la volonté doit renaître d’un monde fraternel, d’un monde fondé sur le respect de l’homme et de sa dignité. »

Le choix de son entrée au Panthéon, temple de la République où reposent Voltaire, Jean Jaurès ou Marie Curie, s'est imposé presque naturellement au président français. Restait à accepter ce que cette femme d'exception avait exigé: être inhumée  aux cotés de son époux Antoine Veil, décédé en 2013, dont le parcours de haut fonctionnaire fut aussi intimement lié à la renaissance de la France après 1945. Mari et femme reposeront donc ensemble. Une ultime demeure pour achever une vie qui, pour l'un comme pour l'autre, croisa la Suisse dans les moments les plus tragiques de leur existence.

Une vie de combats

Arrétée à Nice en 1944, Simone Jacob (née en juillet 1927) y séjourna à son retour de déportation, envoyée pour s'y reposer aux cotés de nombreuses jeunes femmes revenues des camps. Une expérience dont elle garda toujours un souvenir amer, intérieurement furieuse du fossé qui alors séparait les rescapées juives de l'holocauste, quasi oubliées, des jeunes résistantes devenues héroïnes au sortir de la guerre. C'est en Suisse qu'Antoine Veil, pour sa part, séjourna durant le second conflit mondial avec sa famille. Deux itinéraires amenés à se croiser au sortir de l'horreur. Deux destins inextricables. Simone, entrée dans la magistrature, imposée en politique par Valery Giscard d'Estaing à partir de 1974, puis combattante engagée pour la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), les droits des femmes et l'intégration européenne. Antoine, pilier des arcanes de la République et de l'administration, puis président de plusieurs grandes compagnies publiques, dont l'ancienne compagnie aérienne UTA. Elle, engagée dans l'action publique, insultée, prise à partie par les adversaires de l'IVG, cible des relents latents d'antisémitisme. Lui, figure de la continuité étatique alors qu'entre 1940 et 1945, une grande partie de cette haute administration française sombra dans la collaboration avec l'occupant allemand. 

«Jamais de cette vie nous pourrons peser exactement l’invincible ardeur, l’élan profond vers ce qui est juste et bien, et l’énergie inlassable à le faire triompher avait déclaré Emmanuel Macron lors de l'hommage national rendu aux Invalides devant ses deux fils, Pierre François et Jean Veil (le troisième Claude Nicolas est décédé en 2002),  après la disparition de celle qui fut ministre, élue européenne et membre du Conseil constitutionnel. Oui, cette vie de femme offre à notre regard des abîmes dont elle aurait dû ne pas revenir et des victoires éclatantes qu’aucune autre qu’elle n’aurait su remporter. A ce mystère d’existence, de caractère, à ce mystère qui défie la raison commune et nous inspire tant de respect et de fascination, nous donnons en France un nom, bien ancré dans notre génie national. Ce nom c’est la grandeur. Cette grandeur est celle des combats qu’elle livra les uns après les autres, parfois les uns en même temps que les autres car ce ne furent ni plus ni moins que les combats du siècle».

Avant l'entrée prévue dimanche de Simone Veil, quatre femmes seulement figuraient parmi les 76 grands hommes inhumés au Panthéon: l'ancienne ministre venant rejoindre Sophie Berthelot, scientifique et épouse de Marcellin Berthelot (entrée en 1907), la scientifique Marie Curie (panthéonisée soixante ans après sa mort en 1995, sous la présidence de François Mitterrand), et les grandes résistantes Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz-De Gaulle (entrées en 2015 sous la présidence de François Hollande). Quatre icônes républicaines dont une citation de l'ancienne ministre pourrait être la devise posthume: «Rentrez et racontez, pour que l’on sache et que cela ne puisse plus se reproduire. »

Lire aussi: Simone Veil et la Suisse: l’ombre de 1945 à Nyon 

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