Le Parti républicain est sonné. Le retrait soudain, la semaine dernière, de Ted Cruz et de John Kasich de la course à l’investiture, a placé Donald Trump sur orbite. Au cours des primaires du Nebraska et de Virginie-Occidentale qui se sont déroulées hier mardi et jusqu’au mois de juin, le milliardaire new-yorkais devrait engranger sans peine le nombre de délégués nécessaires (1237) pour aborder la convention de Cleveland, à la mi-juillet, dans la peau du candidat officiel des républicains.

L’élite du parti est sens dessus dessous. Elle a échoué à stopper l’ascension de Donald Trump (#NeverTrump) notamment à travers une intervention au vitriol de l’ex-candidat Mitt Romney ainsi qu’un plaidoyer publié dans la National Review et signé par plusieurs figures du conservatisme américain intitulé «Against Trump». Certains membres du Congrès voire même des ex-candidats à la présidence comme Ben Carson et Chris Christie se sont rapidement ralliés derrière le tribun new-yorkais. D’autres comme le sénateur Lindsey Graham refusent de soutenir un «faux conservateur» qui va mener le parti à sa ruine.

Un troisième groupe opte plutôt pour une voie intermédiaire: esquiver la convention de Cleveland. C’est le cas du sénateur et ex-candidat à la Maison-Blanche John McCain. La famille Bush (George Bush père et fils ainsi que Jeb) va, elle, boycotter la convention et refuse de soutenir Trump. Il y a enfin quelques voix, dont celle du sénateur du Nebraska Ben Sasse et de l’éditorialiste et ex-penseur des néoconservateurs Bill Kristol qui appellent à offrir à l’électorat américain un troisième candidat hors parti.

Devant relever le défi d’une très difficile réélection dans son Etat, la sénatrice du New Hampshire Kelly Ayotte s’est adonnée à un exercice de sémantique qui en dit long sur la confusion des républicains. Elle a déclaré qu’elle allait finir par voter pour Trump à la convention (support) tout en refusant de le soutenir formellement (endorse).

La crainte de violences pendant la convention

Pour tenter de mettre fin à cette chienlit qui fait craindre des actes de violence à Cleveland, Donald Trump va rencontrer jeudi à Washington Paul Ryan dans une tentative de rassembler le parti. Une gageure. Il y a quelques jours, le président de la Chambre des représentants a jeté le trouble en affirmant qu’il n’était pas prêt à soutenir le magnat de l’immobilier et ex-animateur de l’émission de téléréalité «The Apprentice». Un acte sans précédent. Depuis, les esprits se sont un peu calmés et Paul Ryan se dit prêt à faire une concession importante à Donald Trump: renoncer à la présidence de la convention de Cleveland si le candidat républicain le souhaite. Un cas de figure qui pourrait semer la zizanie dans la ville de l’Ohio.

L’homme d’affaires new-yorkais, qui a fait son chemin dans les primaires grâce aux votes de plus de 12 millions d’Américains dont l’aversion envers l’élite du parti est manifeste, n’en a cure. A sa manière, Donald Trump introduit une forme de démocratie directe dans un pays dont l’organisation institutionnelle a précisément été conçue pour éviter ce type de scénario. Il n’est pas près de renoncer à ses déclarations outrageuses ou à sa manière de mener sa campagne. L’objectif de la rencontre avec Paul Ryan sera néanmoins d’essayer de s’entendre sur un minimum de principes: Etat minimum, interventionnisme militaire et libre-échange.

Pour financer la campagne, il faudra l'appui du parti

Un facteur pourrait néanmoins favoriser une forme d’unité: l’argent. Jusqu’ici, le New-Yorkais s’est vanté d’avoir autofinancé sa campagne électorale, dépensant de sa poche quelque 40 millions de dollars. Or pour vaincre celle qui devrait être la candidate des démocrates, Hillary Clinton, il aura besoin de fonds qu’il estime à près de 1,5 milliard de dollars. Dépourvu d’une organisation capable de lever massivement des fonds, le candidat anti-establishment l’admet. Il aura fortement besoin de la structure du Parti républicain, quitte à faire volte-face par rapport à son slogan électoral selon lequel il n’a besoin de personne, surtout pas de Wall Street pour s’imposer.

De leur côté, les organisateurs de la convention de Cleveland s’arrachent déjà les cheveux, nombre de sociétés sponsorisant l’événement ayant décidé de retarder toute décision de financement à l’image de Coco-Cola et de Walmart. Il manque pour l’heure 7 millions de dollars pour boucler le budget de ce grand raout électoral. Les frères Charles et David Koch, des milliardaires, ont déjà laissé entendre qu’ils n’allaient pas soutenir Trump et se concentrer sur l’élection du Congrès. L’intéressé s’en soucie peu. Il bombe déjà le torse à la lecture du dernier sondage Quinnipiac qui le donne vainqueur en Ohio face à Hillary Clinton.


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