Le gouvernement de transition tunisien, contesté en raison du maintien en son sein de membres de l’équipe du président déchu Ben Ali, a reporté à jeudi son premier Conseil des ministres, a déclaré à l’AFP le ministre du Développement rural, Nejib Chebbi.

«Le point le plus important qui sera abordé», selon une autre source gouvernementale, sera «le projet d’amnistie générale» qui a été annoncé lundi par le premier ministre Mohammed Ghannouchi, lors de l’annonce de son gouvernement.

L’autre point important à l’ordre du jour sera l’application du principe de la séparation de l’Etat avec l’ancien parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), dont certains réclament qu’il disparaisse du paysage politique, a ajouté cette source.

De son côté la grande centrale syndicale tunisienne UGTT maintient son refus de participer au gouvernement de transition, en raison de la présence en son sein d’hommes de «l’ancien régime», a déclaré mercredi son secrétaire général, Abdessalem Jrad.

«Il nous est impossible de participer à un gouvernement qui intègre des symboles de l’ancien régime» du président déchu Ben Ali, a-t-il déclaré par téléphone, au sortir d’une réunion avec le Premier ministre de transition Mohammed Ghannouchi.

Enquête sur les biens mal acquis

Une enquête judiciaire pour «acquisition illégale de biens» et «placements financiers illicites à l’étranger» a été ouverte contre le président déchu Zine El Abidine Ben Ali et sa famille, a annoncé ce mercredi aussi l’agence officielle TAP.

L’enquête est ouverte pour «l’acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers», les «placements illicites à l’étranger» et «l’exportation illégale de devises», a précisé l’agence citant une «source autorisée». Elle vise nommément l’ancien chef d’Etat, sa femme Leila Trabelsi, «les frères et gendres de Leila Trabelsi, les fils et les filles de ses frères».

Incertitudes

De son côté l’agence de notation Moody’s Investors Service a annoncé mercredi qu’elle avait abaissé d’un cran la note de la Tunisie en raison des incertitudes économiques et politiques qui pèsent sur le pays, en proie à de graves troubles depuis le «changement inattendu de régime». Moody’s a dégradé de «Baa2» à «Baa3» la note de la dette souveraine de la Tunisie et pourrait ne pas s’arrêter là, dans la mesure où la perspective d’évolution de cette note est désormais «négative».

L’agence justifie sa décision par «l’instabilité du pays, due au récent changement inattendu du régime (ndlr: du président Zine el-Abidine Ben Ali), résultant d’une crise politique qui a débuté par des émeutes sociales». Elle relève aussi «les importantes incertitudes économiques et politiques» et la poursuite des troubles et la situation politique «qui met en danger la stabilité du pays».

Poursuite de l’agitation

Plus d’un millier de manifestants ont manifesté à nouveau mercredi à Tunis. «Peuple, révolte-toi contre les partisans de Ben Ali», scandaient les manifestants en rangs serrés, encadrés par un important dispositif policier.

Le gouvernement a décidé d’alléger le couvre-feu de deux heures, en raison d’une «amélioration de la sécurité», alors que Tunis a renoué avec les embouteillages et que de nombreux habitants repartaient au travail mercredi. Il a en revanche maintenu les autres mesures de l’état d’urgence, telles que l’interdiction de rassemblement sur la voie publique de plus de trois personnes et l’autorisation aux forces de l’ordre de tirer sur les personnes prenant la fuite aux contrôles.

En marge de la colère de la rue, des discussions étaient prévues dans la journée pour savoir sous quelles conditions les quatre ministres qui se sont retirés du gouvernement de Mohammed Ghannouchi en raison de la mainmise de l’ex-équipe Ben Ali, sont prêts ou non à le réintégrer.

Le premier ministre Ghannouchi et le président par intérim Foued Mebazaa ont tenté de calmer la colère de la rue et de donner des gages à l’opposition en démissionnant mardi du RCD qui a exclu de ses rangs l’ex-président Ben Ali et des proches collaborateurs liés à la répression.

Dans la station égyptienne de Charm el-Cheikh sur la mer Rouge, les chefs d’Etat arabes qui ont laissé poindre ces derniers jours la crainte d’une contagion de la crise tunisienne à leur pays, ont entamé mercredi un sommet économique dominé par les événements en Tunisie.

Mort de la sœur de l’ex-président

Par ailleurs, la sœur aînée de l’ex-dictateur, Naïma Ben Ali, 73 ans, est décédée mardi d’une crise cardiaque, a rapporté la presse, notant qu’elle possédait deux luxueuses villas à Hammamet, au sud de Tunis, qui ont été pillées et incendiées au cours de la «Révolution du jasmin». Après la fuite de son frère et l’arrestation de plusieurs membres de sa famille, Naïma Ben Ali, qui avait déjà des problèmes de santé, n’a pas tenu le coup et est décédée dans un hôpital de Sousse (centre) où elle possède également une villa, a observé le journal Echourouk.