Ni coup de feu ni détonation n’ont été entendus dans la nuit, selon des habitants des quartiers d’Abobo et Anyama où un couvre-feu nocturne a été instauré par M. Gbagbo de mercredi à samedi matin, après des affrontements sanglants en début de semaine.

La nuit «s’est relativement bien passée. On a dormi, on n’a pas entendu de crépitement de balles comme dans la nuit de mardi au mercredi», a déclaré à l’AFP sous couvert d’anonymat un réparateur de téléphone mobile. «On n’est pas tellement serein, on est dans une période très sensible», a toutefois confié ce jeune homme.

Les forces fidèles à Laurent Gbagbo ont levé leur blocus autour du quartier d’Abobo. Jeudi matin la vie avait repris son cours à Abobo, fief de M. Ouattara, rival de M. Gbagbo et reconnu chef d’Etat légitime par la communauté internationale après la présidentielle de novembre.

Abobo avait été le théâtre de heurts les deux premières nuits de la semaine entre des éléments armés non identifiés et des membres des Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèles au chef d’Etat sortant.

Au moins 11 personnes y ont été tuées, dont huit membres des forces de l’ordre, certains attaqués au lance-roquettes RPG 7 selon la police.

Le chef d’état-major des FDS a accusé mercredi soir le camp Ouattara d’être à l’origine des violences «assimilées à des actes de guerre» et averti que ses forces étaient prêtes à riposter.

Le général Philippe Mangou a dénoncé «des individus embusqués» ayant répondu aux appels «à l’insurrection armée» lancés par «des politiciens retranchés à l’Hôtel du Golf», QG de M. Ouattara soumis depuis des semaines à un blocus des FDS.

D’après le gouvernement mis en place par Alassane Ouattara, reclus dans l’hôtel du Golf sous la protection de casques bleus de l’Onu, les forces de Laurent Gbagbo ont causé la mort de civils dans les heurts survenus mercredi à Abobo.

»Nous réfutons ces accusations. Ce sont bien les forces de l’ordre qui ont encore une fois cherché à provoquer la population paisible», a déclaré le porte-parole du gouvernement Ouattara, Patrick Achi.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est dit «profondément préoccupé» par les violences et a lancé un «avertissement» au camp Gbagbo en cas de «nouvelle opération» des FDS.

Ce regain de tension démontre la persistance de la crise dans laquelle la Côte d’Ivoire est plongée depuis l’élection présidentielle du 28 novembre, une crise qui a fait environ 200 morts selon l’ONU.

Le Premier ministre kényan Raila Odinga, envoyé par l’Union africaine, doit tenter ce week-end à Abidjan une nouvelle médiation pour chercher une issue pacifique.