Barack Obama tente un impossible exercice d’équilibre entre le soutien aux protestataires égyptiens et la sauvegarde des intérêts américains incarnés durant trois décennies par Hosni Moubarak. Mardi soir, le président pensait avoir plus ou moins résolu la quadrature du cercle: en affichant juste assez de fermeté devant les caméras américaines, il tâchait de donner le sentiment de contrôler la situation. Un sentiment de courte durée. Hier, le sang commençait de couler, et Moubarak semblait déterminé à démontrer qu’il ne se laisserait pas dicter les conditions de sa reddition.

L’Amérique regarde. Il y a quelques semaines, elle s’était laissé séduire à nouveau par un président qui lui promettait de ne s’occuper que de l’économie et de l’emploi. Changement de priorité: les chaînes de télévision retransmettent aujourd’hui, à longueur de journée, les images d’une Egypte en voie de plonger dans le chaos et, derrière elle, d’un président qui peine à influer le cours des événements.

La situation égyptienne a occupé pratiquement à plein temps la Maison-Blanche cette dernière semaine. La réponse de Washington s’est voulue progressive face à ces événements qui ne constituent pas seulement une dangereuse «diversion» dans le calendrier politique américain, mais qui risquent de devenir le plus grand défi posé à l’administration. Des conversations «franches et directes» au téléphone pour faire plier le raïs égyptien; un diplomate de haut calibre, Frank Wisner, envoyé sur place pour augmenter la pression, un haussement de ton perceptible au Département d’Etat… Moubarak a fini par se plier à l’exigence américaine de ne pas se présenter aux prochaines élections. Promettant un «transfert pacifique du pouvoir», il faisait même écho à ce qui est devenu le leitmotiv de l’administration Obama à l’égard de l’Egypte: «Une transition ordonnée.»

Mardi soir, pourtant, Barack Obama se montrait insatisfait de la réponse de l’Egyptien. La transition, soulignait-il, doit être «significative, pacifique, et doit commencer maintenant». Une formulation qui restait vague à dessein, mais qui donnait aux exigences américaines un certain sentiment d’urgence.

Démission immédiate

Or la transition, si elle a lieu, ne prend pas une tournure «pacifique». Aux premières loges, les journalistes des grands médias américains déployés au Caire décrivaient hier combien la contre-offensive des pro-Moubarak était tout sauf spontanée. Certains ont raconté à la télévision comment ils s’étaient fait molester par la foule des contre-protestataires, amenée en autobus. L’armée, sur laquelle comptaient les Etats-Unis pour garantir cette «transition ordonnée», n’est pas intervenue tandis que les opposants à Moubarak se faisaient caillasser. Les masques sont tombés.

En réponse à ces nouveaux événements, le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, se faisait hier plus direct que jamais. «Le temps du changement est venu», assurait-il, semblant indiquer que le président Obama exigeait désormais une démission immédiate de Moubarak. De même, la Maison-Blanche a remis sur le tapis la question d’une suspension de l’aide militaire directe de 1,3 milliard de dollars. Jusqu’ici, l’administration avait refusé de se servir de ce levier afin de ne pas mécontenter à la fois l’armée égyptienne et un allié israélien qui reste aux aguets, puisque cette aide vise notamment à garantir la paix avec l’Etat hébreu.