A Des Moines, le Drake Diner, près du campus de la Drake University, n'affichait pas complet mardi soir. Le 7ème débat télévisé démocrate, qui se tenait à quelques mètres de là, n'a pas ravi la vedette aux rondelles d'oignons frits, «meatloafs» arrosés de sauce brune ou burgers au cheddar épicé. CNN était bien allumée au-dessus du bar, à côté de la serveuse qui préparait des serviettes d'un geste machinal, mais le son était coupé. Les clients y jetaient de temps en temps un oeil, sans vraiment s'y intéresser. 

Le 3 février, un vote-baromètre

Les six candidats démocrates qui y participaient - Joe Biden, Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Pete Buttigieg, Amy Klobuchar et Tom Seyer - se sont pourtant affrontés dans un contexte particulier, qui avait de quoi pimenter le débat. C'est la semaine où Nancy Pelosi, la speaker de la Chambre des représentants, a décidé de transmettre l'acte d'accusation contre Donald Trump au Sénat. Le procès en destitution devrait ainsi débuter le 21 janvier.

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Et puis, l'Iowa est ces jours au coeur de toutes les attentions, jusqu'au caucus du 3 février. L'Etat ouvre le bal des caucus et des primaires qui pavent le chemin de la présidentielle. Les candidats quadrillent donc l'Iowa depuis des semaines, tant ces premiers votes serviront de baromètre. Les indécis sont encore nombreux à convaincre. Enfin, ce 7e débat démocrate télévisé est, autre particularité, le premier à ne présenter plus que des candidats blancs.

Dans les sondages nationaux, Joe Biden, ancien vice-président sous Barack Obama, reste le favori (RealClearPolitics le crédite de 28% des intentions de votes). Mais un tout récent sondage donne désormais Bernie Sanders, qui réussit par ailleurs une impressionnante campagne de levée de fonds, gagnant dans l'Iowa, suivi d'Elizabeth Warren. Pete Buttigieg, favori pendant plusieurs semaines, a été détrôné. Ce débat a donc surtout donné l'occasion d'observer les deux candidats les plus à gauche, qui se sont récemment livrés à des passes d'armes.

«Regardez les hommes sur ce plateau...»

Elizabeth Warren accuse son rival de faire, à travers ses bénévoles, ouvertement campagne contre elle, en la dénigrant et la dépeignant comme la candidate «des élites». C'est un article de Politico qui a déclenché la polémique. Elle a également révélé que Bernie Sanders lui aurait déclaré, en 2018, que les Etats-Unis n'étaient toujours pas prêts à élire une femme. Cette fois, c'est CNN qui a révélé l'«affaire». Donald Trump est même entré dans la danse, via un tweet agressif. «Tout le monde sait que sa campagne est morte et qu'ils veulent ses électeurs potentiels», a-t-il écrit, moqueur.

Sur scène mardi, Bernie Sanders s'est défendu d'avoir suggéré qu'Elizabeth Warren n'avait pas de chances d'être élue. Mais la sénatrice avait préparé son coup. Et plutôt bien. «Une femme peut-elle battre Donald Trump? Regardez les hommes sur ce plateau. A eux tous, ils ont perdu dix élections. Les seules personnes ici qui ont gagné toutes les élections auxquelles elles se sont présentées sont les femmes. Amy et moi», a-t-elle lâché.

Le débat avait débuté sur des questions de politique étrangère. Il pouvait difficilement en être autrement avec les vives tensions entre l'Iran et les Etats-Unis. Boosté par son statut de favori dans l'Iowa, Bernie Sanders en a profité pour s'en prendre à Joe Biden, lui reprochant notamment, d'avoir, comme sénateur en 2002, voté en faveur de l'intervention militaire en Irak. «Joe et moi avions écouté les arguments de l'administration Bush», a relevé Bernie Sanders. «Je pensais qu'ils mentaient (...) J'ai fait tout ce que j'ai pu pour empêcher cette guerre. Joe a vu les choses autrement».

Il appuie là où ça fait mal: Joe Biden regrette ce vote de 2002. Pour Sanders, Biden est clairement l'homme à faire tomber, puisqu'il caracole en tête de la plupart des grands sondages. Ceux qui pensaient que le sénateur indépendant de 78 ans risquait d'être hors course après son incident cardiaque du 1er octobre dernier révisent plus que jamais leur jugement.  

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Pendant ce temps, Donald Trump participait à un meeting dans l'Etat voisin du Wisconsin. A Milwaukee, la ville où se tiendra, en juillet prochain, la Convention nationale démocrate, qui déterminera qui sera son rival pour le 3 novembre. Le président ne s'est pas privé de lancer quelques piques à l'égard des démocrates. A cause de son procès en destitution qui démarre la semaine prochaine au Sénat, Elizabeth Warren, Amy Klobuchar et Bernie Sanders pourraient d'ailleurs bien devoir faire une petite parenthèse dans leur campagne, pour rester à Washington.