Ils sont six «survivants», sur 8413 candidats. Le 20 mai, l’Agence spatiale européenne (ESA) a présenté le tout petit échantillon de nouveaux astronautes qu’elle a sélectionnés pour s’envoler dans l’espace, à partir de 2013. Aucun des 351 postulants suisses n’a été retenu. Mais il s’en est fallu de peu.

Selon nos informations, deux Suisses ont atteint la phase finale des sélections, et faisaient partie des 20 derniers candidats. C’est ce qu’a indiqué au Temps Daniel Neuenschwander, représentant de la Suisse auprès de l’ESA à Paris: «Nous regrettons qu’aucun d’entre eux n’ait été choisi. Mais jusque-là, avec Claude Nicollier, notre pays a été très visible au sein de l’ESA».

De source proche de l’ESA, on précise que l’un des candidats suisses, dont les noms n’ont pas été divulgués, était «excellent». «Mais en lui posant des questions, on a senti qu’il était moins motivé», poursuit cette source. Le Suisse a donc été éliminé, voici environ un mois, au cours de l’étape dite de «l’entretien d’embauche».

Les meilleurs des meilleurs

Les candidats retenus sont l’Italienne Samantha Cristoforetti, 33 ans, pilote de chasse, l’Allemand Alexander Gerst, géophysicien de 33 ans, fasciné par l’espace après que son grand père lui eut montré comment faire réfléchir des ondes radio envoyées vers la Lune depuis la Terre, le Danois Andreas Mogensen, 32 ans, ingénieur de vols spatiaux, l’Italien Luca Parmitano, 33 ans, pilote de chasse, le Britannique Timothy Peake, 37 ans, pilote d’hélicoptère chargé de missions sensibles durant la guerre des Balkans, et le Français Thomas Pesquet, 31 ans, ingénieur et pilote chez Air France.

La constitution de ce groupe, en principe formé des meilleurs parmi les meilleurs, obéit aussi à des critères politiques. Ainsi, la présence de deux Italiens parmi les six élus s’explique par un accord entre Rome et Washington, qui permet à l’Agence spatiale italienne (ASI) de disposer de trois places à bord de vaisseaux spatiaux américains entre 2013 et 2020. L’Europe ayant décidé en 2002 de n’avoir qu’un seul Corps d’astronautes, les deux Italiens y seront intégrés.

A l’inverse, la sélection d’un Britannique est une surprise, puisque Londres ne contribue pas au budget de l’ESA dans le domaine des vols habités. Mais le directeur général de l’ESA, Jean-Jacques Dordain, espère que ce choix «stimulera un petit peu» le gouvernement britannique à faire un effort. Il a aussi décrit le futur astronaute danois comme «un représentant des petits [pays] contributeurs». Enfin, la France et l’Allemagne sont toujours représentées, en tant que principaux contributeurs de l’ESA. «Moi, je ne les ai pas sélectionné sur leur aptitude à être astronautes, précise Jean-Jacques Dordain. La question que je leur ai posée, c’est: qu’est-ce que vous pouvez faire au sol ? Parce qu’ils vont passer beaucoup plus de temps à terre qu’en orbite.»

Et le directeur général de l’ESA d’ajouter: «Nous travaillons pour faire des propositions aux Etats membres de l’ESA, afin de participer à l’exploration lunaire», dont la Nasa prévoit la reprise aux alentours de 2020. «Les nouveaux astronautes ont donc des chances significatives d’aller sur la Lune.»

Sept vols spatiaux d’astronautes européens sont prévus entre 2013 et 2020. Les Suisses, eux, devront attendre longtemps avant de trouver un successeur à Claude Nicollier: la prochaine tournée de sélection des astronautes sur le Vieux continent ne devrait pas commencer avant 5 à 10 ans.