Attentats

Six questions autour du commando djihadiste de Saint-Denis

Trois personnes ont été tuées et huit arrêtées ce matin en région parisienne, au cours d’un assaut policier spectaculaire. Quel lien avaient-elles avec les trois groupes qui ont ensanglanté Paris la semaine dernière?

Au moins deux djihadistes présumés, dont une femme qui s’est fait exploser, ont été tués mercredi matin à Saint-Denis, en banlieue parisienne. La police aurait trouvé un troisième corps ce soir, au milieu des gravats de l’appartement dévasté par les explosions.

Huit personnes ont été arrêtées dans le même appartement ou dans les environs à la suite de l’assaut de la police, dont au moins sept sont en garde à vue. Le point sur ce que l’on sait, et ce que l’on ignore, de ce probable commando terroriste.

1. Comment la police a-t-elle retrouvé la trace des djihadistes?

Selon le procureur de Paris, François Molins, un témoignage reçu le lundi 16 novembre, trois jours après les attentats, a fait état de la présence en France de l’inspirateur présumé des massacres, Abdelhamid Abaaoud. Des vérifications téléphoniques et bancaires auraient ensuite permis de recouper ce renseignement initial.

«Dans le cadre de cette enquête, beaucoup de travail a été effectué et a permis d’obtenir par la téléphonie, les surveillances et les témoignages, des éléments qui pouvaient laisser penser que le nommé Abaaoud était susceptible de se trouver dans un appartement conspiratif à Saint-Denis», avait dit le procureur de la capitale mercredi matin, au moment de l’intervention policière contre le commando de Saint-Denis.

Selon certains médias, les services français surveillaient une femme qui était proche d’Abdelhamid Abaaoud. Elle serait apparue sur plusieurs vidéos violentes de l’Etat islamique en Syrie. Mais on ignore si c’est bien cette femme qui s’est fait exploser au début de l’intervention à Saint-Denis. Les «débris de corps» retrouvés sur place n’avaient pas encore permis d’identifier la kamikaze mercredi soir.

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La traque des commandos qui ont semé la mort dans Paris le 13 novembre est aussi mieux connue. Selon Le Monde, les policiers avaient d’abord été mis sur la piste d’un point de chute à Alfortville, à l’est de Paris, grâce à un téléphone retrouvé dans une poubelle à proximité du Bataclan. C’est dans ce lieu de fête qu’a eu lieu le pire massacre du 13 novembre.

Dans le téléphone abandonné, les enquêteurs auraient retrouvé ce SMS, envoyé vendredi 13 novembre à 21h42: «On est parti on commence». La géolocalisation du téléphone (ses emplacements successifs, tels que retracés par les bornes de télécommunication) a indiqué que son propriétaire était passé à Alfortville avant les attaques.

Dans cette banlieue du bord de la Seine, les enquêteurs ont retrouvé deux chambres d’hôtel que les terroristes auraient utilisées avant leurs attaques. Une vidéo sur le site du Point montre les chambres et le matériel retrouvé à l’intérieur.

2. Pourquoi les terroristes se sont-ils laissé cueillir par la police?

Les forces de l’ordre pensaient surprendre les terroristes dans leur sommeil en intervenant à 4h20 du matin. Mais une porte blindée a résisté aux explosifs de la police, permettant aux djihadistes d’organiser leur riposte. Avant cela, les progrès rapides de l’enquête avaient permis d’acculer les terroristes dans leur «appartement conspiratif» de Saint-Denis avant qu’ils aient eu le temps de commettre de nouveaux attentats.

3. Pourquoi les personnes arrêtées se sont-elles cachées tout près du Stade de France?

C’est insolite: le commando arrêté ce matin l’a été à moins d’un kilomètre du Stade de France, où trois kamikazes s’étaient fait sauter vendredi dernier, lançant la sanglante opération terroriste revendiquée par l’Etat islamique. Aucune explication à cela, si ce n’est que Saint-Denis, ville à forte communauté immigrée, où il est facile de se fondre et de louer un appartement pour s’y cacher, représente une base arrière toute trouvée pour des criminels en cavale.

4. Le commando projetait-il d’autres attentats?

C’est une quasi-certitude. «Tout laisse à penser» que le groupe de personnes arrêtées ou abattues mercredi matin lors de l’assaut à Saint-Denis «pouvait passer à l’acte» pour un nouvel attentat, a déclaré le procureur François Molins.

L’objectif en revanche n’est pas clair. Certains médias (France 2, Reuters) ont évoqué un projet d’attentat contre le centre commercial Les Quatre Temps à La Défense, contre l’aéroport de Roissy ou contre un centre commercial d’Aubervilliers. Mais Le Monde par exemple ne confirme pas ces informations.

La présence d’une ceinture d’explosifs sur le lieu des perquisitions suggère, évidemment, que d’autres attaques étaient en préparation. A moins qu’il ne se soit agi d’un dispositif destiné à être utilisé contre les forces de l’ordre uniquement, une sorte d’arme d’autodéfense. Selon le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, le commando projetait effectivement de «frapper à nouveau».

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5. Qui sont les membres du commando?

Aucun détail sur l’identité des personnes tuées ou arrêtées n’a été divulgué mercredi. La femme qui s’est fait sauter avec sa ceinture d’explosif a été décrite par certains médias comme une proche d’Abdelhamid Abaaoud. Ce djihadiste belgo-marocain aurait supervisé l’action des commandos qui ont frappé Paris vendredi dernier. Mais l’on ignore s'il se trouvait dans l’appartement.

On ne sait pas encore si le commando retranché dans l'appartement comptait cinq personnes (deux mortes, dont la kamikaze, et trois arrêtées), ou six. «Des vérifications sont en cours. Des opérations de police technique et scientifique sont menées de façon minutieuse à cet égard dans un environnement fait de gravats et de décombres car, au cours des affrontements violents de mercredi matin, l’appartement principal et les appartements mitoyens ont beaucoup souffert. Un plancher s’est notamment effondré», a expliqué un porte-parole du Ministère français de l’Intérieur.

Selon le procureur de Paris François Molins, trois autres personnes ont été arrêtées à proximité de l'appartement, dont un homme blessé. Leurs identités n'étaient pas encore établies mercredi soir. Les deux dernières personnes arrêtées (elles sont sept au total) sont le logeur et une proche. Il prétend avoir ignoré les activités du groupe qu'il hébergeait.

6. S’agit-il des gens qui ont semé la mort vendredi, ou d’un commando distinct?

Il s’agissait bien d’une «nouvelle équipe», qui s’ajoute à celles qui ont frappé à Paris vendredi 13 novembre, selon François Molins.

Pour une source policière citée par Reuters, les enquêteurs «sont tombés sur une équipe qui n’était pas en relation avec les premiers groupes». «Ils pensaient trouver Abdelhamid Abaaoud, ils sont tombés sur autre chose, une équipe qui préparait un attentat à La Défense.»

On ignore en particulier si les deux membres encore recherchés des commandos du 13 novembre, Salah Abdeslam et un homme non identifié, se trouvaient à Saint-Denis.

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