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Skopje décrète l’état d’urgence à sa frontière

Face au flux de réfugiés, la Macédoine durcit la surveillance. Cent cinquante personnes auraient été battues par des policiers

Skopje décrète l’état d’urgence à sa frontière

Migration Face au flux de réfugiés, la Macédoine durcit la surveillance

150 personnes auraient été battues par des policiers

De la poussière, la fumée des lacrymogènes, des détonations. Des hommes en marche face à des policiers et à des véhicules blindés. L’été touche à sa fin dans les Balkans, mais le flux des migrants transitant par la Turquie et la Grèce ne semble pas devoir se tarir. Depuis des mois, ils sont des centaines, des milliers à remonter chaque jour les routes de Macédoine pour gagner la Serbie puis l’Union européenne.

Mais, depuis 48 heures, le gouvernement macédonien a décidé de serrer la vis. Skopje a déclaré l’état d’urgence à ses frontières, dépêchant des hommes pour couper les voies de passage les plus usitées. En moins de deux jours, des milliers de personnes ont été bloquées dans le no man’s land entre les frontières grecque et macédonienne, survivant dans des conditions sanitaires extrêmement précaires.

Vendredi, les forces de sécurité macédoniennes ont tiré des grenades assourdissantes pour contenir la foule. Selon Vasilis Tsartsanis, un activiste du nord de la Grèce, une dizaine de personnes auraient été blessées par des balles en caoutchouc et plus de 150 auraient été battues par les policiers macédoniens.

A quelques kilomètres au nord de la frontière, la gare de Gevgelija est plus calme que ces dernières semaines, quand les trains qui remontaient vers la Serbie étaient pris d’assaut par les migrants. «La police bloque les principaux passages, mais 250 personnes sont quand même arrivées vendredi matin. Elles ont dû emprunter de nouveaux itinéraires», explique Gabriela Andreevska, une volontaire d’un réseau d’aide aux migrants, Legis. «La veille, les forces de l’ordre ont expulsé illégalement une centaine de réfugiés vers la Grèce, ce qui est contraire aux lois de notre pays, s’indigne-t-elle. Ces gens imploraient les Nations unies et criaient «nous avons besoin d’aide, nous préférons mourir que de retourner en Grèce.» Depuis le début de l’été, Skopje est censé délivrer un récépissé donnant 72 heures aux migrants pour déposer une demande d’asile, un délai dont la grande majorité profite pour quitter le pays. D’après le Ministère de l’intérieur macédonien, 41 414 permis de circulation ont été distribués ces deux derniers mois, dont plus de 1300 ces trois derniers jours.

«Pourquoi le gouvernement macédonien a-t-il soudainement décidé de bloquer ces gens?» s’interroge Aleksandra Davidovska, qui coordonne un réseau d’aide dans la ville de Kumanovo, au nord de la Macédoine. «Ils dépensent de l’argent et font marcher les commerces. Et puis, aucun d’entre eux ne souhaite rester dans notre pays. Ce sont les citoyens macédoniens qui aident ces malheureux depuis des mois, et plus récemment de grandes organisations humanitaires internationales, continue-­t-elle. Le gouvernement n’a jamais rien fait pour les aider et, maintenant, il leur interdit d’entrer.» Aleksandra patrouille toutes les nuits avec quelques volontaires autour de la gare frontalière de Tabanovce, dernière étape avant la Serbie, pour distribuer de l’eau et de la nourriture. «Hier, nous n’avons rencontré qu’un homme, perdu. Ils étaient des milliers il y a encore quelques jours. Mais cela ne durera pas, les migrants trouveront bientôt des chemins pour contourner les barrages de la police.»

Même en mobilisant toutes ses forces de sécurité, Skopje ne sera, de fait, jamais en mesure de boucler hermétiquement ses frontières, comme tente de le faire la Hongrie en construisant un mur de 175 kilomètres le long de ses territoires contigus avec la Serbie. Mais en obstruant pour un temps la «route des Balkans», et en faisant monter la pression sur le terrain, la Macédoine pourrait rappeler aux Européens que l’époque où Bruxelles comptait sur les pays d’Europe du Sud-Est pour externaliser la surveillance de ses frontières est bien terminée. L’UE doit trouver des réponses à la catastrophe humanitaire qui se déroule sous ses yeux.

«Ce sont les citoyens macédoniens qui aident ces malheureux depuis des mois»

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