Les extrémistes albanais et les forces macédoniennes ont échangé lundi des tirs nourris près de la frontière entre la Macédoine et le Kosovo. La veille, trois soldats macédoniens avaient été tués et Skopje fermait sa frontière avec la province yougoslave. Les forces macédoniennes, postées hier autour du village Tanusevci tout près de la frontière, ont riposté en détruisant «six positions de tireurs embusqués, deux positions de mitrailleuses et huit fortifications» tenues par les extrémistes albanais selon le Ministère macédonien de la défense. Les tirs, venant de Tanusevci, se sont poursuivis jusqu'à la mi-journée. Le village voisin de Malino n'a pas été épargné.

Depuis plusieurs semaines, des groupes armés qui se réclament d'une Armée de libération des Albanais de Macédoine (UÇK) occupent Tanusevci, au nord-ouest de la Macédoine. Selon Skopje, ils viennent du Kosovo tout proche où ils se ravitaillent en armes. «Nous disposons d'informations selon lesquelles des bandes armées sont entrées au Kosovo et utilisent des villages comme bases arrière pour y laisser leurs armes et infiltrer la population», a confirmé le commandant américain James Marshall, porte-parole de la Force multinationale de paix au Kosovo (KFOR).

Cette guérilla albanaise de Macédoine affirme se battre pour les droits des Albanais de Macédoine (25 à 30% des 2 millions de Macédoniens) qu'ils considèrent comme laissés pour compte par Skopje. Selon la KFOR, entre 75 et 150 combattants albanais opéreraient dans le secteur. Selon le Ministère macédonien de la défense, ils seraient plus de 300.

L'UÇK, qui porte le même sigle que l'Armée de libération du Kosovo, l'ex-guérilla albanaise du Kosovo, s'est signalée la première fois en janvier dans l'attaque d'un commissariat de police dans la région de Tetovo. Un policier macédonien avait alors été tué.

Sofia à la rescousse

Le président bulgare Petar Stoïanov a annoncé lundi que son pays, frontalier de la Macédoine, était disposé à y envoyer des troupes si Skopje «adresse une demande en ce sens à ses voisins ou à des organisations internationales». Le ministre de la Défense, Boïko Noev, a pris soin de préciser que la Bulgarie n'enverrait des troupes que dans le cadre d'un éventuel contingent international mandaté par les Nations unies.

La Macédoine a réclamé une session d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU et la création au Kosovo d'une zone tampon entre la province à majorité albanaise, placée sous administration internationale depuis juin 1999, et la frontière macédonienne. Skopje a souligné la nécessité d'«une intervention décisive de la KFOR pour prévenir une escalade de la tension». De son côté, le président yougoslave, Vojislav Kostunica, a vertement critiqué lundi la KFOR, l'accusant d'avoir permis «la propagation du terrorisme du Kosovo en Macédoine et dans le sud de la Serbie», où des maquisards albanais s'opposent depuis des mois aux forces de Belgrade. Les raisons de ces échecs, a poursuivi M. Kostunica, résident «dans le fait que la KFOR se préoccupe uniquement de sa propre sécurité et non pas de la sécurité […] des Serbes, des Macédoniens et des Albanais modérés qui souffrent eux aussi des actions des terroristes».

LT