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Snowden & Co oscarisés. Et maintenant?

Le documentaire «Citizenfour», sur Edward Snowden, remporte la statuette. En guest star sur la Toile, le «whistleblower» se livre en interview

Peu importe s’il n’a pas eu le Nobel de la paix en 2014 pour avoir alerté le monde sur les actes fouineurs des Etats-Unis. En 2015, l’ex-informaticien de la NSA a eu l’Oscar pour l’interprétation de son propre rôle dans le documentaire de Laura Poitras. En termes d’impact médiatique, c’est kif-kif.

Un bref récapitulatif pour celles et ceux qui seraient restés endormis. Dans la nuit du 22 au 23 février, lors de la prestigieuse remise de prix, la journaliste et réalisatrice américaine Laura Poitras a reçu la célèbre statuette pour son documentaire Citizenfour, qui sortira sur nos écrans dans quelques jours. Un huis clos inédit avec Edward Snowden qui récapitule l’affaire du même nom.

En guest star, Mr. Snowden himself, qui s’est vu contraint de célébrer son prix par vidéoconférence depuis son exil moscovite. Chose rare, le lanceur d’alerte (avec l’équipe du film) s’est livré à l’exercice de l’interview sur le site communautaire Reddit. Histoire de sustenter ses fans et de livrer quelques détails sur ses conditions de vie en Russie, où il vit dans un lieu tenu secret depuis ses révélations fracassantes sur les agissements de l’agence de renseignement américaine (NSA) en juin 2013. Si, jusqu’ici, l’Américain de 31 ans est auréolé par tous les pourfendeurs de la surveillance, craint-il de servir à terme de moyen de pression entre la Russie et les Etats-Unis? Lucide et confiant, Edward Snowden répond: «Bien sûr que, dans le jeu politique des grandes puissances, c’est une hypothèse qui peut arriver. Mais je refuse d’y penser.» Puis, un brin reconnaissant et sachant qu’il a éveillé la conscience collective sur la surveillance, il ajoute: «En même temps, je suis incroyablement chanceux d’avoir eu l’occasion d’apporter autant à la population, et à Internet que j’adore.» En divulguant les documents confidentiels de la NSA, «j’ai agi en conformité avec ma conscience».

Puis les questions se focalisent sur le making of du documentaire. Pour rappel, la réalisatrice Laura Poitras est l’une des contributrices (avec les journalistes Glenn Greenwald et Jeremy Scahill) à la diffusion des révélations sur les écoutes menées par Washington. Quant à Citizenfour, il a été baptisé ainsi en référence au nom de code utilisé initialement par Snowden, Poitras, Greenwald et Scahill pour évoquer les documents dérobés.

Le documentaire, donc. Comment le tourner, le monter, puis le diffuser alors que tous les protagonistes sont étroitement surveillés? Là, l’équipe du film réitère sa reconnaissance pour les technologies de chiffrement: «Nous n’aurions pas pu faire Citizenfour sans l’utilisation de plusieurs de ces outils (qui permettent d’anonymiser la correspondance), souligne Laura Poitras. Sans eux, rien n’aurait été possible.» Et la réalisatrice de souligner l’importance de soutenir davantage financièrement les producteurs de logiciels libres qui rendent possible la démocratisation de ces outils pour tous.

Laura Poitras et Edward Snowden semblent avoir été entendus. Mais pas par les bonnes oreilles. Puisque la NSA et le FBI se battent bec et ongles (et ils en ont les moyens) contre la commercialisation de téléphones portables cryptés. Une technologie développée par les géants de la Silicon Valley pour protéger, un tant soit peu, les communications des citoyens. Le temps d’une soirée pailletée, on a cru qu’un Oscar aurait pu changer la donne. Malheureusement non.