FRANCE

Le socialiste Arnaud Montebourg rallume la guerre fiscale contre la Suisse

Le porte-parole de Ségolène Royal menace la Suisse de «blocus» si la candidate socialiste à la présidentielle est élue.

Ségolène Royal part en croisade contre la place financière suisse. C'est du moins ce que l'on peut déduire d'une tribune publiée mardi par son porte-parole, Arnaud Montebourg, dans le quotidien Libération. Le député y dénonce en termes virulents les cadeaux fiscaux qui ont poussé Johnny Hallyday à devenir résident de Gstaad, dans les Alpes bernoises.

«La Confédération helvétique pose autant de graves problèmes que Johnny lui-même», estime Arnaud Montebourg en accusant le chanteur d'insulter «tous les autres citoyens qui participent avec conscience au financement de l'intérêt général et qui [...] n'ont pas le loisir d'aller s'ennuyer à Gstaad six mois par an». L'élu socialiste prédit une «confrontation inévitable» avec certains paradis fiscaux européens - Suisse, Luxembourg, Liechtenstein, Monaco - et les menace d'un blocus comparable à celui que la France avait appliqué contre Monaco en 1963.

«Interdire le secret bancaire»

De tels propos ne sont pas nouveaux de la part d'Arnaud Montebourg, qui avait participé en l'an 2000 à la rédaction d'un rapport très critique sur les banques suisses. Mais ils prennent une importance nouvelle en raison de la place qu'occupe par le député dans l'équipe de Ségolène Royal. Interrogé par Le Temps, Arnaud Montebourg précise que son texte sur les paradis fiscaux a été «validé par la direction de campagne» de la candidate.

Cela signifie qu'il existe une chance non négligeable que d'ici à cinq mois, un gouvernement radicalement hostile aux pratiques fiscales helvétiques parvienne au pouvoir en France. Le programme du Parti socialiste, approuvé avant la désignation de Ségolène Royal comme candidate, contient déjà un paragraphe peu favorable à la Suisse: «Il importe de commencer par interdire en Europe le secret bancaire et les zones à fiscalité privilégiée, comme le Luxembourg, la Suisse ou Monaco.» Le document promet également de «faire disparaître» les paradis fiscaux.

Ces mesures sont-elles réalisables? Dans l'entourage de Ségolène Royal, on semble en être persuadé. «Le problème est de plus en plus grave», explique une source proche de la candidate, en évoquant les sièges de multinationales qui ont émigré en masse vers Genève et d'autres cantons. «Les grandes nations se font dépouiller, poursuit cet interlocuteur. On ne peut plus accepter ça, il y a des limites.»

L'idée des socialistes français semble être de mettre sur pied, une fois Ségolène Royal élue présidente, un groupe de trois ou quatre grands pays européens qui se chargeraient de «remettre la pression» sur le voisin helvétique. On pense à l'Italie et à l'Espagne, deux pays gouvernés par la gauche, mais aussi à l'Allemagne, dont le fisc est sans cesse confronté à l'évasion de capitaux et de personnalités fortunées vers la Suisse.

En revanche, une victoire de Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle de mai prochain produirait des résultats très différents. Le candidat de droite estime en effet que l'exil de Johnny Hallyday illustre avant tout le poids excessif des impôts en France. Contrairement aux socialistes, il n'est pas opposé à la concurrence fiscale entre les pays européens.

Le candidat de l'UMP, qui sera investi par son parti le 14 janvier, envisage de rendre la France plus attractive en supprimant l'impôt sur les successions et en modérant celui qui pèse sur les grandes fortunes. S'il est mis en œuvre, ce programme pourrait poser un problème différent à la Suisse: le retour d'un certain nombre de réfugiés fiscaux français dans leur pays d'origine.

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