Derrière les querelles d'ego, le Parti socialiste est-il en passe de réussir sa mue idéologique? Les signes en ce sens ne manquent pas. Bertrand Delanoë, dans son livre, revendique le libéralisme politique, sinon économique, comme une valeur de gauche. Une nouvelle déclaration de principes, approuvée à l'unanimité des dirigeants socialistes, enterre l'idée de rupture avec le capitalisme. Un groupe d'élus locaux, emmenés par le maire de Lyon, Gérard Collomb, met la création de richesses - et non leur seule redistribution - en tête de ses priorités.

Selon Laurent Baumel, responsable de la doctrine du PS, «le centre de gravité s'est recentré: nous sommes dans un moment nettement plus réformiste, où le néo-gauchisme n'a plus le vent en poupe». Selon lui, la gauche du parti, qui avait triomphé lors du non au référendum européen de 2005, «a perdu de son influence».

«Esprit maléfique»

Bertrand Delanoë a bien senti le vent tourner. Au lieu de se livrer à une surenchère anti-libérale - recette traditionnelle, jusqu'ici, pour conquérir le cœur des socialistes -, il chante désormais les louanges de la flexibilité et des méthodes de management venues du privé. Il dénonce la «complexité affreuse» du droit social français et ose même affirmer que l'impôt sur la fortune, cause majeure d'expatriation fiscale, est «très mal fichu».

Mais selon Vincent Feltesse, un élu de Bordeaux, le PS souffre d'un mal étrange: individuellement, nombre de ses dirigeants partagent les mêmes idées réformistes mais, lorsqu'ils se retrouvent ensemble, un «esprit maléfique» les replace dans une posture crispée de défense des acquis sociaux.

La gauche étatiste et eurosceptique n'a d'ailleurs pas dit son dernier mot. Deux de ses représentants, Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, viennent de publier un texte appelant à «renouer avec les classes populaires» en préparant le «post-libéralisme». Selon eux, les récentes défaites de la gauche réformiste en Allemagne et en Italie montrent qu'une «offre politique sociale-libérale» ne permettra pas aux socialistes français de retrouver le chemin du pouvoir.