Pour contrer la propagation de l’épidémie de coronavirus, nous avons renoncé à organiser des événements dans nos locaux. Mais pour que vous puissiez tout de même assister aux conférences prévues, certaines seront proposées sur notre site sous forme de vidéo ou de chat en ligne.

Quelque 4 milliards de personnes, la moitié de l’humanité, sont poussées à rester chez elles afin de tenter d’enrayer la pandémie mondiale de Covid-19. De quoi semer la panique sur l’économie mondiale, pousser les Etats à adopter des politiques interventionnistes, et assister aussi à une diminution marquée des émissions de CO2. Si cette crise sanitaire pose de nombreuses questions aujourd’hui, elle en amènera aussi de nouvelles lorsque la pandémie sera terminée.

Le Covid-19 sonnera-t-il la fin du capitalisme? Se dirige-t-on vers un nouveau système? A quels changements s’attendre en Suisse? Cette pandémie peut-elle modifier les comportements des Etats et des citoyens face au réchauffement climatique? Se dirige-t-on vers un renforcement de la coopération internationale?…

Pour en discuter, nous avons mobilisé nos experts pour une discussion en ligne:

Marc Allgöwer, responsable de la rubrique «International»
Vincent Bourquin, responsable de la rubrique «Suisse»
Valère Gogniat, responsable de la rubrique «Economie»
Pascaline Minet, responsable de la rubrique «Sciences»

Leurs réponses sont à découvrir ci-dessous:

  1. Question posée par laymanbros.:
    Très intéressant débat que celui de ce qui pourrait attendre notre société post-coronavirus, tant de thèmes evoqués qui doivent être réexaminés pendant et surtout après cette période incertaine. Mais est-ce que vos interlocuteurs seraient de l’avis que pour qu’il y ait des changements positifs conséquents?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:57

    Il y aura des changements… lesquels, c’est encore difficile à dire. Mais les solidarités qui se sont créées vont se poursuivre, il y aura des réflexions sur notre relation aux autres, au travail… Il y aura aussi des changements dans la sphère familiale. Des parents sont davantage conscients du travail des enseignants, la répartition des tâches domestiques pourra s’améliorer…


  2. Question posée par Julie:
    J’ai lu des articles qui évoquent la chute de la pollution atmosphérique depuis le début de la pandémie. Est-ce réel? Quel est l’impact du coronavirus sur l’environnement? J’ai d’ailleurs surpris des passants qui évoquaient la pureté de l’eau du lac Léman hier…
    Réponse donnée par Pascaline Minet à 16:55

    C’est exact, dans les zones très industrialisées, par exemple dans certaines régions de Chine ou dans le nord de l’Italie, une amélioration notable de la qualité de l’air a été enregistrée suite à la prise de mesures pour lutter contre le coronavirus. Il y a moins de circulation, les usines sont à l’arrêt ou au ralenti.

    En Suisse, le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (EMPA), chargé de l’analyse de la qualité de l’air, a indiqué aujourd’hui qu’une réduction des polluants a été observée sur de nombreux sites par rapport à l’année précédente. Mais les experts estiment que cela ne peut pas être attribué avec certitude aux mesures prises par le gouvernement fédéral pour lutter contre le Covid-19.

    Quant à la pureté du lac, je ne dispose pas d’information particulière à ce sujet. Il est exact qu’il est actuellement très transparent, mais cela peut aussi s’expliquer par la saison, les algues se développant plus tardivement.


  3. Question posée par Yves:
    Il est vrai que beaucoup de personnes espèrent que suite au Covid-19 on verra apparaître un monde avec moins de tourisme polluant moins de croisières sur des immeubles flottant moins de vols EasyJet, mais est-ce franchement réalisable?
    Réponse donnée par Valère Gogniat à 16:53

    Beaucoup l’espèrent mais sont-ils concrètement prêts à abandonner leur fameux «week-end à Barcelone» en EasyJet. A mon sens, cela va dépendre avant tout de vous, de nous, des consommateurs en général. Est-ce que cette période de frugalité imposée leur aura ouvert les yeux sur un mode de vie différent? Ou au contraire est-ce qu’ils seront «frustrés» de n’avoir pas consommé et se rueront sur des biens de consommation courants dès la sortie du confinement?

    Impossible, à mon sens, de répondre à cette question actuellement. Mais nous pouvons tous, dans notre coin, nous poser la question de ce que nous voulons à titre individuel.


  4. Question posée par Pierre le petit suisse:
    Quels sont pour vous les premiers changements dans notre quotidien de cette crise?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:51

    Le télétravail pourrait prendre une nouvelle ampleur en Suisse avec des conséquences sur la vie quotidienne, comme moins de déplacements, une meilleure répartition des tâches domestiques. Une certaine solidarité intergénérationnelle pourrait aussi se poursuivre… et tout le monde se lavera mieux les mains…


  5. Question posée par Bubu du 71:
    Ne sommes-nous pas à l’aube d’une société hyper surveillée qui serait dangereuse pour nos libertés personnelles?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:48

    La protection des données est un sujet largement abordé durant cette crise. Il y a notamment tout le débat sur la manière de contrôler s’il y a des regroupements de plus de cinq personnes, notamment par le biais des téléphones ou de Google. Il faut trouver un juste milieu entre des contrôles qui évitent le développement de la pandémie et le respect de la sphère individuelle. Cette question va être largement débattue ces prochains mois dans les parlements fédéraux et cantonaux.


  6. Question posée par Julie:
    La relocalisation de certaines productions ne serait-elle pas une solution concrète et réelle et une bonne réponse à cette crise?
    Réponse donnée par Valère Gogniat à 16:46

    C’est intuitivement ce que l’on peut penser. Mais demandez-vous si vous êtes prête à payer votre iPhone, votre ordinateur, votre voiture au prix d’une production suisse, avec des salaires suisses. Cela rendrait bon nombre de produits de consommation simplement inabordables. L’un de nos journalistes a récemment proposé cette analyse sur la question: https://www.letemps.ch/economie/demondialisation-cette-illusion


  7. Question posée par Fabrice:
    Une deuxième vague de pandémie est-elle envisageable?
    Réponse donnée par Pascaline Minet à 16:45

    Oui, tout à fait. Actuellement, comme nous sommes confinés, le virus circule moins dans la population. On s’attend de ce fait à une réduction du nombre de cas. Mais quand nous allons ressortir, le SARS-CoV-2 aura de nouveau de nombreuses personnes auxquelles «s’attaquer», qui ne seront pas immunisées car elles n’auront pas été en contact avec le virus. Pour éviter que la pandémie ne redémarre, divers scénarios de déconfinement progressif sont envisagés (par exemple, d’abord certaines professions, ou certaines régions…). L’idée consiste à protéger au maximum les personnes fragiles (personnes âgées notamment) mais aussi à répartir dans le temps les cas, afin que le système hospitalier ne soit pas dépassé. A plus long terme, l’arrivée d’un vaccin permettra de protéger la population. Mais il faudra encore l’attendre plusieurs mois.


  8. Question posée par Bricha:
    Ne faudrait-il pas entreprendre de profondes réformes à l’ONU pour être en phase avec les réalités des rapports des forces post-crise de coronavirus? Quelles nations développées seront affaiblies après la crise? Pourquoi les pays africains sont-ils critiqués par les médias par rapport aux faiblesses des leurs institutions sanitaires?
    Réponse donnée par Marc Allgöwer à 16:43

    Une réforme de l’ONU est ardue, même si elle envisagée depuis plusieurs années. Elle se heurte, notamment dans le cas du Conseil de sécurité, au veto de ses membres permanents. Je pense que l’ensemble des grandes puissances sortiront affaiblies de cette crise, quoique pour des raisons différentes, à cause de l’impact économique global qu’aura la pandémie.

    Dans le cas de l’Afrique, le système sanitaire n’est pas critiqué en tant que tel par les médias. C’est plutôt son sous-dimensionnement chronique qui est pointé du doigt car il le rend impossible la prise en charge ne serait-ce que d’un petit nombre de malades du Covid-19. En Europe, l’attente des populations est plus élevée: on estime que chaque malade doit pouvoir être pris en charge.


  9. Question posée par Diana:
    Cette crise peut-elle pousser à la disparition du cash?
    Réponse donnée par Valère Gogniat à 16:43

    Merci pour cette question. Nous avons écrit récemment une longue analyse sur cette question. En résumé: plutôt non, mais cela va accélérer les méthodes de paiement alternatif. https://www.letemps.ch/economie/coronavirus-pourrait-precipiter-fin-cash


  10. Question posée par Caroline:
    Pourquoi ne pas favoriser une société où le profit n’est pas au centre de l’activité des entreprises mais plutôt favoriser un modèle économique sur la viabilité de l’entreprise? La consommation non durable et non respectueuse de l’environnement et du social ne devrait-elle pas être privilégiée? Qu’en pensez-vous? Quel modèle économique pouvons-nous créer demain pour favoriser la durabilité de nos sociétés sans avoir la quête sans cesse du profit?
    Réponse donnée par Valère Gogniat à 16:41

    Beaucoup de questions envoyées tournent en effet autour du «changement de modèle» qui peut s’imposer au sortir de cette crise. A titre personnel, je pense également que bon nombre de fondamentaux – notamment économiques – doivent être repensés dans cette crise. Exemple: une entreprise qui sollicite l’aide de l’état (chômage partiel) tout en continuant de verser des dividendes devrait à mon sens être lourdement sanctionnée.

    Comme je l’ai déjà écrit plus haut, je pense que le «bon» côté de cette crise est qu’elle arrive à un moment tout à fait critique dans la définition de notre modèle de société, c’est-à-dire juste après une année 2019 où le monde politique, économique mais également la société civile ont manifesté une réelle envie de changement (liée à la problématique climatique). Ce qui pourrait entraîner une vraie transformation et pas un simple retour à la normale (comme généralement après une crise économique). Je vous renvoie à une analyse écrite récemment sur cette question: https://www.letemps.ch/opinions/virus-enterrer-capitalisme-lancienne


  11. Question posée par Marie:
    La controverse autour de Didier Raoult vous surprend-elle? J’ai l’impression que le milieu scientifique est un vrai panier de crabes où chacun ne cesse de s’attaquer en pensant avoir le bon discours, la bonne stratégie…
    Réponse donnée par Pascaline Minet à 16:40

    Le milieu scientifique est en effet très compétitif. Pour progresser dans leur carrière, les chercheurs doivent produire de nombreuses études et ce système connaît quelques dévoiements. Concernant le cas particulier de Didier Raoult, notre position à la rubrique Sciences du Temps est la suivante: les études qu’il a réalisées au sujet de la chloroquine comme traitement du Covid-19 souffrent de nombreuses lacunes méthodologiques. Par conséquent, elles n’apportent pas la preuve que ce médicament est efficace. Il est désormais testé (aux côtés d’autres médicaments) dans de vastes programmes de recherche internationaux, qui devraient permettre de déterminer s’il peut effectivement être utilisé pour soigner le Covid-19.


  12. Question posée par Diana:
    Le Conseil fédéral a sorti 40 milliards pour les entreprises, indépendants, la culture, le sport et le tourisme. Il va y avoir donc un déficit, comment la Suisse compte-t-elle renflouer les caisses?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:39

    Cela va être un grand débat politique. N’oublions tout de même pas que la Suisse a d’importantes réserves, ce qui lui permet aussi de gérer cette crise. Mais effectivement, le débat sur les économies et la dette va revenir très vite. Certains secteurs comme l’aide au développement ont déjà très peur. D’autres en appellent à rejeter l’achat de nouveaux avions de combat qui seraient trop chers. Il y aura aussi des échanges vifs sur le système de santé et son financement.


  13. Question posée par Abeille:
    La facture va être très lourde. Ma question sera simple: se dirige-t-on vers une augmentation des impôts?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:37

    Il va y avoir des débats très vifs sur le financement de cette crise. La question des impôts sera bien sûr posée. Certains (à gauche) prôneront une hausse d’impôts, mais beaucoup (à droite) défendront aussi une baisse car la situation économique sera difficile et il faudra faciliter la relance. Mais la situation financière de certaines communes risque d’être très difficile et donc dans les grandes villes, on peut imaginer une hausse d’impôts.


  14. Question posée par Abdel:
    A court délai après le confinement, comment voyez-vous l’évolution du marché immobilier pour un investisseur?
    Réponse donnée par Valère Gogniat à 16:36

    Tout dépend bien sûr de la durée de la crise. A mon sens, les taux d’intérêt vont rester bas mais les moyens alloués à l’investissement immobilier vont baisser. Dès lors, j’imagine que pour les petits propriétaires, les prix ne devraient pas connaître de grands bouleversements alors qu’ils pourraient baisser légèrement dans l’immobilier de rendement. Mais je n’ai (malheureusement) pas de boule de cristal!


  15. Question posée par David:
    Comment le modèle de consommation des produits du luxe va-t-il évoluer?
    Réponse donnée par Valère Gogniat à 16:34

    Les prémices de la reprise en Chine montrent bien que les clients chinois sont – selon ce qu’on entend des patrons d’entreprises horlogères notamment – de retour dans les malls. Avec une forte envie de consommer (ils sont moins nombreux, mais consomment manifestement davantage). Si cette tendance se vérifie dans les autres marchés clés (je pense surtout aux USA), cela pourrait être bon signe pour l’horlogerie suisse.

    La crise actuelle va-t-elle par ailleurs pousser les consommateurs à se tourner vers des produits plus «traditionnels» que «technologiques» (une montre mécanique Swiss Made plutôt qu’une smartwatch)? Ce serait une bonne chose pour l’économie suisse, mais je n’ai pas la réponse.


  16. Question posée par Amandine:
    Pensez-vous que nous assistons aussi au lent décès du capitalisme, qui a montré ses limites lors de cette crise? Si oui, quels modèles pour s’y substituer? Etes-vous optimistes?
    Réponse donnée par Valère Gogniat à 16:32

    La crise actuelle a montré certaines limites de la globalisation (les risques qui deviennent globaux très vite) mais également certains de ses points forts (possibilité d’acheminer des masques et du matériel sanitaire en quelques heures d’un point à l’autre du globe).

    J’ai pour ma part l’impression que cette crise est une excellente opportunité de remettre en question certains de nos fondamentaux économiques, comme je l’ai écrit dans cette analyse: https://www.letemps.ch/opinions/virus-enterrer-capitalisme-lancienne

    Sur l’épineuse question du «changement de modèle». On dit, durant chaque crise, que l’on va changer de modèle. Et, lors de chaque reprise, on constate que très peu de choses ont changé. Je pense néanmoins qu’il y a une différence importante d’avec les précédentes crises: c’est le fait que l’on sorte d’une année 2019 où le monde politique et économique a semble-t-il réalisé qu’un changement était nécessaire. En ce sens, j’ai bon espoir que l’on ne reparte pas tout à fait sur les mêmes bases.


  17. Question posée par Julien:
    Le Conseil fédéral a taclé fermement la politique de confinement total dans certains pays, notamment la France. N’est-ce pas là une stratégie très risquée? Comment jugez-vous les premiers résultats de cette stratégie? Quelles pourraient être les conséquences?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:30

    La stratégie du Conseil fédéral par rapport au confinement donne plutôt de bons résultats puisqu’on commence gentiment à parler de déconfinement. La crise n’a pas pris la même ampleur qu’en Italie ou en France, ce qui montre que les décisions étaient les bonnes. En Suisse, il n’y a pas de confinement total, mais les mesures sont tout de même très sévères. Et le Conseil fédéral a montré qu’il était capable de les durcir si elles n’étaient pas respectées par la population.


  18. Question posée par:
    Cette crise amplifie-t-elle selon vous la coopération internationale ou plutôt le protectionnisme?
    Réponse donnée par Marc Allgöwer à 16:28

    Cette crise n’a dans un premier temps pas montré le visage d’un système international dont les parties coopèrent si l’on prend en compte les accusations entre les gouvernements chinois et américain quant à l’origine du virus, ou les querelles entre Etats européens. Mais sa gestion dans les mois à venir passera nécessairement par une coopération renforcée entre Etats et organisations internationales. A moyen terme, il faut malgré tout envisager que cette crise puisse pousser de plus en plus de gouvernements à opter pour un retour au souverainisme – plutôt qu’au protectionnisme – sur certains points: gestion des frontières ou présence sur le sol national de capacités stratégiques de production (masques, médicaments, etc.).


  19. Question posée par Ulrich:
    Dans quelle mesure cette crise pourrait être, selon vous, positive au niveau des relations internationales?
    Réponse donnée par Marc Allgöwer à 16:25

    Cette crise montre à quel point la coopération internationale est indispensable afin de combattre une pandémie. Si le rôle de l’OMS est matière à débat, de nombreuses initiatives prouvent que le multilatéralisme est indispensable afin de réguler les problèmes collectifs auxquels nous faisons face.


  20. Question posée par Rabah:
    Allons-nous vers plus de télétravail?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:23

    Cette crise a démontré que dans certaines branches, cela était possible de développer le télétravail et que cela avait des avantages comme la limitation des déplacements, une plus grande présence auprès des enfants, une meilleure répartition des tâches au sein de la famille. Je pense donc que le télétravail va se développer.


  21. Question posée par David:
    Quelle est la proportion de personnes convaincues que le Covid-19 est la conséquence de l’impact écologique de l’homme? Autour de moi, beaucoup de personnes le pensent, mais qu’en est-il dans le reste du globe?
    Réponse donnée par Pascaline Minet à 16:20

    Il est exact que certaines activités humaines jouent un rôle dans l’émergence de nouveaux pathogènes. Par exemple, l’élevage intensif augmente le risque de propagation de maladies. La destruction de certains milieux naturels, comme la forêt tropicale, peut aussi favoriser le développement de virus, car elle pousse les animaux sauvages vers des zones urbanisées où ils sont en contact avec l’être humain. Les experts alertent depuis plusieurs années sur le risque de développement de zoonoses (maladies qui peuvent se transmettre de l’animal à l’être humain). Il est difficile d’affirmer avec certitude que la pandémie de Covid-19 résulte de notre impact écologique, mais il semble que le coronavirus ait émergé sur un marché aux animaux en Chine. Ces données sont cependant encore assez peu étudiées et me semble-t-il, peu connues du public.

    Une vidéo à ce sujet: Le Covid-19, symptôme d'une planète maltraitée


  22. Question posée par Laurent:
    Bonjour, comment devraient s’adapter les services publics, et plus globalement toutes les entreprises qui accueillent du public, lorsque le déconfinement sera enclenché?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:17

    Ce déconfinement se fera par étapes et donc des mesures strictes devraient être prises pour l’accès à certains services. Dans un premier temps, le nombre de personnes réunies en même temps dans tel ou tel lieu sera sûrement limité. Par ailleurs les services en ligne continueront à se développer. Une question reste posée: y aura-t-il une généralisation des masques? J’en doute.


  23. Question posée par Abdelfetah:
    Le plus édifiant dans cette histoire c’est l’absence de coordination sur le plan international face à cette pandémie. Mis à part des gestes de solidarité ici et là et l’aide chinoise dont on peut légitimement douter du caractère désintéressé, chaque Etat tente dans son petit coin de faire face aux conséquences sanitaires et économiques d’une pandémie dont l’enjeu est éminemment global. Qu’en pensez-vous?
    Réponse donnée par Marc Allgöwer à 16:15

    Le manque de coordination dans la première phase de la crise est en effet frappant. Il s’explique par plusieurs facteurs: il s’agit d’un événement très rare auquel les dirigeants sont mal préparés, il nécessite d’avoir des moyens matériels en stock et il intervient dans une phase de repli de beaucoup d’Etats sur eux-mêmes. L’aspect le plus criant est l’absence de leadership des Etats-Unis sur une question où leur force de projection, leurs capacités scientifiques et leur poids politique pourrait contribuer à fédérer l’action de nombreux pays. Il faut désormais voir comment se déroulera la seconde phase, notamment en Europe où la situation reste sérieuse mais où les institutions communes et un projet politique collectif peuvent aider à affronter la crise.


  24. Question posée par Raphael P:
    Plusieurs initiatives ou votations échouées ces dernières années résonnent particulièrement en cette période de pandémie. On pense à la caisse unique, au revenu de base inconditionnel, ou encore à la souveraineté alimentaire. Se peut-il que l’on se dirige vers une Suisse à la fois plus autonome et plus sociale?
    Réponse donnée par Vincent Bourquin à 16:14

    Clairement, ces thèmes politiques vont revenir sur la table. L’ancien conseiller national tessinois Franco Cavalli prône à nouveau la création d’une caisse unique qui, selon lui, éviterait une santé à deux vitesses. Le revenu de base inconditionnel est aussi un sujet qui va être à nouveau débattu. Et pas seulement en Suisse. Par ailleurs, il sera très intéressant de voir quel sort le parlement va réserver à l’initiative populaire pour des soins infirmiers forts.


  25. Question posée par Laurent:
    Quid de la position de la Chine? On sait que le pays cherche depuis longtemps à redorer sa communication, en affichant un pays à la pointe. Avec cette pandémie, qui viendrait d’un marché vendant des animaux sauvages de Wuhan, c’est pas fameux…
    Réponse donnée par Marc Allgöwer à 16:11

    Le pouvoir chinois a commis deux erreurs fondamentales dans la gestion de cette pandémie: il a censuré les médecins lanceurs d’alerte à la fin 2019, puis a dissimulé le degré réel de létalité de la maladie. Désormais, Pékin est donc engagé dans une bataille de communication planétaire pour montrer le visage d’une puissance responsable et bienveillante. Elle comporte deux aspects: démontrer que la maladie est endiguée en Chine – sans transparence sur les chiffres réels – et envoyer de l’aide, notamment en Europe – masques, respirateurs et médecins.


  26. Question posée par Yvon:
    La crise du Covid-19 a-t-elle une incidence important en Syrie et notamment au conflit qui se déroule toujours au Yémen?
    Réponse donnée par Marc Allgöwer à 16:07

    De premiers cas ont été signalés en Syrie, aussi bien dans la zone contrôlée par le gouvernement que dans le dernier réduit rebelle à Idlib. C’est un défi énorme pour les organisations comme le CICR qui œuvrent sur place. Et un risque à terme pour les pays voisins comme la Turquie, et par conséquent l’Europe. Dans le cas du Yémen, une trêve à caractère humanitaire a été annoncée cette semaine par l’Arabie saoudite qui a invoqué la menace du Covid-19 pour les populations locales, sans qu’il soit pour l’heure réaliste d’envisager un impact à long terme sur le conflit et ses enjeux.


  27. Question posée par:
    Bonjour devons-nous nous attendre a une pénurie alimentaire grave au cours de l’hiver prochain?
    Réponse donnée par Valère Gogniat à 16:05

    Plutôt pas. Car ce que l’on observe jusqu’à présent est que les chaînes d’approvisionnement tiennent bon malgré quelques couacs pour les produits exotiques, par exemple. Voir notre papier sur ce point: https://www.letemps.ch/economie/caramboles-dananas-victoria-paques-cette-annee


  28. Question posée par Marie:
    Ne risque-t-on pas d’avoir une nouvelle vague de populisme dans les pays après cette crise? On voit déjà que de nombreux politiciens affirment que la crise est mal gérée, qu’il fallait prévoir des masques. Ils seront là aussi à critiquer les pouvoirs en place lorsque le chômage augmentera…
    Réponse donnée par Marc Allgöwer à 16:02

    Deux grilles de lecture existent. D’un côté, on peut envisager une progression des partis populistes à la faveur d’une situation économique très détériorée. A l’inverse, on peut aussi estimer que les dirigeants populistes actuellement au pouvoir ne figurent pas parmi ceux qui répondent efficacement à la menace sanitaire car ils peinent à faire confiance aux experts à même d’enrayer la pandémie. Donald Trump a longtemps été dans le déni. Son homologue brésilien Jair Bolsonaro l’est encore.

    Conclusion générale:

    Marc Allgöwer, responsable de la rubrique «International»: Si l’impact à long terme de la pandémie sur les relations internationales reste difficile à estimer, deux aspects sont à surveiller de près d’ici la fin 2020. D’une part, l’Union européenne jouera ces prochains mois une grande partie de son destin. Ses Etats membres devront démontrer leur capacité à agir de manière collective, sous peine de discréditer le projet européen. D’autre part, l’élection présidentielle américaine se jouera en grande partie sur la capacité de Donald Trump à endiguer l’épidémie. Pour la première fois depuis qu’il est au pouvoir, il fait face à un enjeu qui peut affecter jusqu’à ses électeurs les plus fidèles.

    Vincent Bourquin, responsable de la rubrique «Suisse»: Le Conseil fédéral a-t-il bien agi? A-t-il pris les bonnes décisions? Vous êtes nombreux à vous poser la question. L’histoire jugera. Mais cette crise est sans précédent et donc des mesures ont dû être prises très rapidement, ce qui n’est pas toujours évident dans un État fédéraliste comme le nôtre. Pour l’instant, les résultats semblent plutôt positifs sur le plan sanitaire.

    Pour ceux qui auraient souhaité un confinement général, n’oublions pas que les mesures prises vont déjà très loin comme la fermeture des écoles, des restaurants, de nombreuses entreprises, ou encore l’interdiction des regroupements de plus de cinq personnes. Le grand enjeu maintenant est de réussir le déconfinement… Il faut éviter toute précipitation, même si tout le monde en a ras le bol de cette situation.

    Valère Gogniat, responsable de la rubrique «Economie»: Vous avez été nombreux à nous poser des questions sur le «changement de modèle économique». En général, au sortir d’une crise, rien ou presque ne change, même si, en pleine crise, tout le monde appelle à de profonds changements. Comme indiqué, je pense que la «chance» de cette crise est qu’elle survient une année après un véritable bouleversement de notre société (manifestations pour le climat, élections de partis politiques écologistes, annonces concrètes d’entreprises cheminant vers davantage de durabilité, etc.). Cela va-t-il entraîner un changement définitif? Rien n’est moins sûr. Mais nous vous donnons rendez-vous dans une année sur www.letemps.ch pour en reparler!

    Pascaline Minet, responsable de la rubrique «Sciences»: La recherche scientifique est mobilisée comme jamais autour de la pandémie actuelle de coronavirus, que ce soit pour mettre au point un vaccin et des traitements, ou pour conseiller les gouvernements sur les mesures à prendre pour protéger leur population. On assiste à un grand retour des experts – une position parfois difficile à tenir, puisque nous nous trouvons face à un nouveau virus, autour duquel planent encore de nombreuses incertitudes. Concernant l’impact écologique de cette crise, il est encore difficile à évaluer. Certes, dans l’immédiat, la pollution atmosphérique a été réduite à certains endroits. Mais au moment de relancer leurs économies, il ne faudrait pas que les gouvernements oublient leurs engagements, notamment par rapport au climat, en renforçant des secteurs très polluants comme celui des énergies fossiles ou du transport aérien, entre autres.