Paradise papers

Des sociétés proches de Poutine ont investi dans Facebook et Twitter

Le milliardaire Youri Milner s’est associé à deux grands groupes russes pour financer les réseaux sociaux américains

A 55 ans, Youri Milner est l’un des investisseurs les plus prospères et les plus performants de sa génération. Ce milliardaire russe, renommé dans la Silicon Valley, a investi 800 millions de dollars (688 millions d’euros) dans Facebook, 400 millions (344 millions d’euros) dans Twitter, plus de 100 millions (86 millions d’euros) dans Airbnb et Spotify, pour ne citer qu’eux.

Selon les données confidentielles du cabinet d’avocats Appleby, obtenues par la Süddeutsche Zeitung et partagées par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), dont Le Monde est partenaire, une partie de ces investissements dans Facebook et Twitter provenait en fait de l’argent de deux sociétés proches du gouvernement russe.

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Des intérêts financiers

VTB, la deuxième plus grande banque de Russie, a fait passer discrètement 191 millions de dollars (164 millions d’euros) dans DST Global, le fonds d’investissement contrôlé par le milliardaire. La somme a ensuite été utilisée pour acheter une importante participation dans Twitter en 2011. Le président de VTB, Andreï Kostin, est un proche de Vladimir Poutine. Par ailleurs, une filiale du groupe russe Gazprom, également dans les mains du pouvoir russe, a investi des montants importants dans une société offshore qui a participé, avec DST Global, à un investissement dans Facebook. A peine un à deux ans plus tard, Youri Milner et ses partenaires ont réalisé des gains substantiels en vendant leurs parts, peu après l’introduction en bourse de Facebook et de Twitter, respectivement en 2012 et 2013.

Rien n’indique que le Kremlin ait eu une influence sur Twitter ou Facebook, ou obtenu des informations internes sur ces deux géants d’Internet grâce à ces investissements. Mais quelques années avant même les premiers soupçons sur l’intervention de la Russie dans la présidentielle 2016 aux Etats-Unis, le Kremlin avait des intérêts financiers dans les réseaux sociaux américains.

Investisseur «passif»

Youri Milner a répondu que les investissements de sa société, y compris les transactions avec Twitter et Facebook, n’ont été fondés que sur des critères strictement commerciaux. Il a reconnu que la banque VTB était l’un des partenaires qui l’avait aidé à financer l’investissement dans Twitter, et aussi la participation de DST Global dans le site de commerce électronique chinois JD. com. Il fait toutefois observer que VTB n’était qu’un investisseur purement «passif». D’après ses calculs, moins de 5% des fonds de son entreprise provenaient d’institutions gouvernementales russes.

Interrogé sur le rôle de Gazprom Investholding, Youri Milner assure qu’il ne savait rien des liens entre la filiale de Gazprom, Kanton Services, et DST Global avant que l’ICIJ ne lui pose la question.

Twitter a, de son côté, expliqué que DST Global était «une entité bien connue dans la Silicon Valley» et que son entreprise «avait soigneusement examiné tous ses investisseurs». Facebook a souligné que DST Global n’avait eu aucun contrôle sur l’entreprise. «Investisseur passif, DST n’avait ni droit de vote ni siège au conseil d’administration», et a vendu ses parts il y a cinq ans.

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«Instrument du Kremlin»

Ces investissements restent cependant sensibles car VTB et Gazprom ont tous les deux des liens avec Vladimir Poutine et des officiels russes. En juillet  2014, le gouvernement américain a sanctionné VTB après l’invasion de la Crimée par la Russie. «D’un côté c’est une banque, de l’autre c’est un instrument du Kremlin, explique Sergey Aleksashenko, spécialiste du secteur bancaire russe et ancien membre du conseil d’administration de la banque dans les années 1990. Quoi que veuille le Kremlin, VTB est prêt à le faire.»

Gazprom Investholding, la filiale de Gazprom liée à l’investissement de Youri Milner dans Facebook, a été gérée pendant plus d’une décennie par Alisher Ousmanov, un milliardaire russe d’origine ouzbèke proche de Vladimir Poutine. Le Kremlin a utilisé cette filiale pour «des affaires politiquement et stratégiquement importantes», assure Ilya Zaslavskiy, conseiller au Hudson Institute, un think tank américain conservateur.

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