Union européenne

A Sofia, «pas de plan B pour les Balkans»

Sans donner de dates ni fixer de calendrier, les dirigeants européens ont rassuré les pays des Balkans sur leur avenir dans l’Union. Au grand soulagement de leurs hôtes bulgares

La conférence de presse vient à peine de se terminer et le premier ministre bulgare Boïko Borissov lâche un profond soupir de soulagement. Quelques minutes auparavant, le président du Conseil européen Donald Tusk a martelé qu’il n’y avait «pas de plan B pour les Balkans». Que cette région, qui a connu la guerre et reste sous l’emprise de nombreux conflits gelés, faisait bien partie de la grande famille du Vieux Continent et que son avenir ne pouvait être ailleurs que dans l’Union européenne.

Peu auparavant, différents ministres et chefs d’Etat des Balkans occidentaux (Serbie, Monténégro, Kosovo, Macédoine, Albanie et Bosnie-Herzégovine) ont défilé sur l’estrade pour signer un certain nombre de documents et de traités, s’engageant à créer plus de liens entre eux – digitaux, énergétiques, routiers… et avec l’Union européenne (UE). Sous les yeux de tous, le président serbe, Aleksandar Vucic, a serré la main de son homologue kosovar, Hashim Thaçi. Dans les coulisses, on apprenait aussi que Zoran Zaev, premier ministre macédonien, et Alexis Tsipras, chef du gouvernement grec, avaient trouvé une solution sur l’interminable querelle opposant les deux pays sur le nom de la Macédoine.

Et, autre scène symbolique, la matinée de ce 17 mai ayant commencé sous un beau soleil printanier à Sofia, Emmanuel Macron, Angela Merkel et Theresa May y ont fait une balade sur le «pont des amoureux», enjambant le boulevard juste derrière l’imposant Palais de la culture où s’est tenu ce sommet sur les Balkans occidentaux.

Un sujet ingrat

Boïko Borissov a de quoi être soulagé. La Bulgarie, pays souvent présenté comme le plus pauvre de l’UE, en assure depuis janvier la présidence tournante. Et cette rencontre était l’apogée de l’initiative phare de Sofia, l’intégration européenne des Balkans occidentaux – un sujet considéré par à peu près tous les observateurs comme particulièrement ingrat. Il y avait, d’abord, les menaces de boycott de tous ceux qui ne reconnaissent toujours pas le Kosovo, à commencer par la Serbie. Ou encore, le danger que ce sommet ne soit pas pris au sérieux par les grands pays de l’UE et par Bruxelles.

Force est de constater que la diplomatie très particulière du premier ministre bulgare, un mélange de franc parler et de pragmatisme, a permis à Sofia de se sortir plutôt bien, voire très bien, de cette épreuve. Même si aucune date ni aucun calendrier n’ont été fixés – 2025 comme année possible de l’adhésion de la Serbie et du Monténégro n’a été mentionnée que par le président du Parlement européen Antonio Tajani – la poignée de main serbo-kosovare et le «deal» gréco-macédonien ont de quoi réchauffer le cœur des pro-européens. «Il y a quelques années, c’était juste inimaginable», a commenté Boïko Borissov lui-même.

«Discussion franche»

Le premier ministre bulgare s’est aussi félicité de la «discussion franche et sincère, sans aucune hypocrisie» entre partisans de l’intégration rapide des Balkans et leurs détracteurs au sein de l’UE (France et Pays-Bas notamment). Pour «rassurer» la presse occidentale, il a expliqué que les Balkans occidentaux représentaient en termes de PIB l’équivalent d’un pays comme la Slovaquie et étaient moins peuplés que la Roumanie. «Allons-nous les laisser à la merci d’autres acteurs géostratégiques, déjà très actifs dans la région?» s’est-il interrogé en faisant une allusion claire à la Russie, la Turquie et certains pays du Golfe présents en Bosnie-Herzégovine.

Certes, lui a répondu en direct Donald Tusk, mais en termes de «problèmes per capita, les Balkans dépassent l’Allemagne et la France pris ensemble». Un bel exemple de cette «discussion franche et sincère».

Publicité