Un corps médical soutenu par la population. Un gouvernement à la peine pour expliquer dans le détail les mesures de déconfinement promises par Emmanuel Macron à partir du 11 mai. L'intervention du premier ministre Edouard Philippe, dimanche, n'a pas dissipé cette fracture entre des soignants toujours plus applaudis, et un exécutif qui campe dans l'incertitude.

Lire aussi:  Ces victimes françaises du Covid-19 qui saturent morgues et cimetières

La méfiance des citoyens français

La réouverture des écoles, annoncée le 13 avril par le président français, dépendra des régions, avec des classes potentiellement divisées par deux et scolarisées une semaine sur deux, en alternance. Le port du masque «grand public» pourrait être obligatoire dans les transports en communs. La réouverture des magasins non alimentaires interviendrait avant celle des cafés et restaurants. Autant de mesures au conditionnel, malgré le ralentissement de la propagation de l'épidémie de coronavirus depuis dix jours consécutifs.

Lire également:  Le budget français est désormais en mode Covid-19

La France comptait dimanche 19'718 morts dus au virus (12'069 décès en hôpital et 7'649 dans les centres médico-sociaux et maisons de retraite), avec 227 décès en hôpital en 24h, contre 364 samedi. 5'744 personnes y demeurent en réanimation, où l'afflux parait désormais enrayé. Installation symbole, l'hôpital militaire installé en renfort à Mulhouse le 26 mars a réduit sa capacité. 

Lire encore: Le 11 mai, date charnière pour la France contre l’épidémie

La prudence du premier ministre, qui pondère les engagements pris par Emmanuel Macron sur la date du 11 mai, répond en partie à la montée de la défiance de l'opinion. Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et BFM TV, 64% des Français ne font pas confiance au gouvernement pour gérer cette crise sanitaire et 76% estiment que l’Etat n’a pas su limiter à temps la propagation de l’épidémie. Le risque était donc grand que ce fossé se creuse, en particulier avec les personnes âgées pour lesquelles le ministre de la santé Olivier Véran avait évoqué la possibilité d'une prolongation du confinement, par rapport aux autres classes d'âge. Ce ne sera pas le cas au final.

Mais le flou qui entoure ces prochaines semaines n'est pas de nature à lever l'inquiétude. Une étude de plusieurs fondations françaises, citée par Le Monde, note la nette augmentation du sentiment de défiance envers l’Etat, partagé par 32% des sondés, soit le double par rapport au mois de février. Et trois fois plus qu’après les attentats terroristes de 2015… Plus grave encore: les trois autres mots le plus souvent cités en réponse à l’étude sont la morosité, la lassitude et la peur.

Le versant positif de la société française éprouvée par l'épidémie se trouve en revanche du coté des soignants. Chaque jour depuis le début du confinement strict de la population française, le 17 mars, leur débrouillardise et leur courage sont à la une. Les soignants, infirmiers, médecins, aides soignants, ambulanciers ou même pharmaciens n’ont jamais été aussi populaires en France où, tous les soirs à 20 heures, les applaudissements retentissent «à l’italienne» pour les saluer. Le sondage Odoxa du Figaro l’a encore démontré: 96% des personnes interrogées ont une bonne opinion du personnel soignant en général et des infirmières en particulier, et 90% les considèrent comme «compétentes, courageuses, bienveillantes, passionnées».

Encourager le système D

Premier motif d’admiration: leur abnégation alors que beaucoup d’hôpitaux et d’établissements médico-sociaux se sont retrouvés, au début de la pandémie, face à une pénurie d’équipements de protection comme les masques ou les surblouses, que plusieurs ont décidé de faire fabriquer, encourageant les patients au système D. A Grenoble, ville où a officié en milieu hospitalier le ministre de la Santé, Olivier Véran, médecin neurologue, la direction des hôpitaux a, très tôt, publié un mode d’emploi pour produire des masques en tissu, dûment doublés. A Valence (Drôme), les familles des patients ont été invitées à coudre des masques. A l’Hôpital Georges Pompidou de Paris, le très médiatique chef des urgences, Philippe Juvin, maire de la Garenne-Colombes, a lui-même montré comment recourir au «système D» dans une vidéo.

Résultat: selon Odoxa, 80% des Français estiment que les soignants méritent mieux que la prime de 1500 euros annoncée par Emmanuel Macron. A noter: la différence logique entre grandes villes et campagnes dans cete mobilisation d'applaudissements quotidiens: selon un sondage Harris Interactive pour RTL, 21% de la population, soit près d'un Français sur quatre, dit «applaudir tous les jours ou presque». Néanmoins, 59% des Français affirment, eux, n'avoir jamais applaudi.

La question principale tourne autour de l’autorité. La pénurie de masques et le désordre entre administrations et collectivités locales pour les commander, puis les récupérer ont laissé des traces. Au vu de l’obligation faite aux soignants et aux communes de «se débrouiller» face au coronavirus, la demande d’un «exécutif fort face aux crises sanitaires» est soutenue par 81% des Français selon l’étude citée par Le Monde

A regarder sur la chaine Française Public Senat mardi 21 avril à 22 heures (puis en replay sur publicsenat.fr) : un documentaire sur le découvreur franco-suisse du bacille de la Peste Alexandre Yersin. «Ce n'est pas une vie que de ne pas bouger»