France

Les soins de Vincent Lambert, symbole du débat sur la fin de vie en France, ont été interrompus

Dénonçant «un scandale absolu», les parents de Vincent Lambert, 42 ans, dont plus de dix en état végétatif, ont lancé une énième procédure judiciaire pour s’opposer à l’arrêt des traitements. Si ce dernier est maintenu, le décès devrait intervenir d'ici quelques jours

L'arrêt des soins a commencé lundi pour Vincent Lambert, un patient en état végétatif depuis plus de dix ans, devenu le symbole du débat passionnel en France sur «l'acharnement thérapeutique», mais ses parents ont lancé une énième procédure judiciaire, poursuivant ainsi une bataille de six ans devant les tribunaux.

«C'est une honte, un scandale absolu, ils n'ont même pas pu embrasser leur fils», a réagi Me Jean Paillot, avocat des parents, farouchement opposés à l'interruption des traitements, en annonçant le début de l'arrêt des soins, qui a commencé lundi matin à l'hôpital Sébastopol de Reims (nord-est), sur décision du médecin Vincent Sanchez. «C'est des monstres! Des monstres! C'est des nazis!», a lancé depuis une voiture Viviane Lambert, la mère de Vincent, 73 ans, en passant devant le centre hospitalier de Reims.

Une sédation «contrôlée, profonde et continue»

Le Dr Sanchez, «en violation de tous ses devoirs et de ce qu'il avait laissé croire, vient d'annoncer à la famille qu'il avait initié le processus de mort sans préavis, sans tenir compte des recours, sans tenir compte des mesures provisoires. (...) Le coup de force continue. Il est encore temps d'arrêter cette folie», ont également affirmé dans un communiqué Me Paillot et Me Jérôme Triomphe, autre avocat des parents.

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«L'arrêt des traitements» et «la sédation profonde et continue» ont été «initiés ce matin», a écrit le Dr Sanchez, chef de service des soins palliatifs, dans un courriel à la famille dont l'AFP a obtenu copie. «Dans cette période douloureuse, j'espère pour Monsieur Vincent Lambert que chacun saura ouvrir une parenthèse et se rassembler, auprès de lui, afin que ces moments soient le plus paisibles, intimes et personnels possible», ajoute ce médecin.

Validée fin avril par le tribunal administratif suprême, le Conseil d'Etat, l'interruption des soins prévoit, selon une source médicale, l'arrêt des machines à hydrater et alimenter ainsi qu'une sédation «contrôlée, profonde et continue» de cet homme aujourd'hui âgé de 42 ans, ainsi qu'une prise d'analgésiques «par précaution». De sources médicales, le décès, dans ces conditions, interviendrait d'ici quelques jours à une semaine.

L'intervention d'Emmanuel Macron demandée

Mais l'éprouvante bataille juridique et morale qu'est devenue «l'affaire Lambert» n'est pas terminée. Les avocats des parents ont saisi lundi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) selon une procédure d'urgence, ainsi que le Conseil d'Etat français, ont annoncé les deux Cours.

Les parents et deux autres membres de sa famille s'appuient sur la demande du Comité des droits des personnes handicapées de l'ONU qui a souhaité que la France suspende toute décision en attendant son examen sur le fond, a précisé la CEDH.

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Samedi, dans une lettre ouverte, les parents s'étaient déjà appuyés sur ce comité de l'ONU pour demander l'intervention du président Emmanuel Macron. Mais Paris répète que ces mesures conservatoires «sont dépourvues de caractère contraignant» et met en avant le «droit du patient à ne pas subir d'obstination déraisonnable».

Un acharnement thérapeutique dénoncé par la femme du patient

Il s'agit de la quatrième procédure en six ans dans cette affaire qui déchire la famille de Vincent Lambert, tétraplégique et plongé dans un état végétatif depuis un accident de la route en septembre 2008. Les avocats des parents réclament par ailleurs la radiation et des poursuites à l'encontre du docteur Sanchez, qui dirige le service des soins palliatifs et l'unité «cérébrolésés» de l'hôpital Sébastopol de Reims.

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Face à ceux qui s'opposent à l'arrêt des soins, la femme de Vincent Lambert, Rachel, son neveu François et cinq frères et soeurs du patient dénoncent depuis des années un acharnement thérapeutique. Le patient, ancien infirmier, n'a pas laissé de directives anticipées. Son épouse et son neveu affirment qu'il avait pris position contre tout «acharnement thérapeutique».

L'arrêt des soins de Vincent Lambert s'inscrit bien «dans le cadre de la loi», a estimé dimanche Jean Léonetti, père de la loi régissant la fin de vie en France. Il a également estimé que cette décision est "d'autant plus douloureuse" pour les parents «qu'elle est tardive».


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