A la «mission accomplie» de George W. Bush a succédé la «promesse tenue» de Barack Obama. ­Recevant lundi à la Maison-Blanche le premier ministre irakien Nouri al-Maliki, le président américain a voulu célébrer l’ouverture d’un «nouveau chapitre» dans le «partenariat stratégique» entre l’Irak et les Etats-Unis.

D’ici au 31 décembre, les quelque 6000 militaires américains restant en Irak auront quitté le pays, mettant fin à une guerre de plus de huit ans. Les soldats américains rentrent «la tête haute, fiers de leur succès», assure Barack Obama, qui compte aussi participer à une cérémonie de retour ce mercredi sur la base de Fort Bragg en Caroline du Nord. Pour Barack Obama, qui faisait partie des rares élus opposés d’entrée à cette guerre, l’exercice est pourtant particulièrement délicat: en tant que «commandant en chef», il se doit d’honorer le sacrifice des hommes qui ont servi en Irak. Au moment même où une ­majorité d’Américains considère maintenant que cette guerre a été vaine, ruineuse ou même contre-productive. Barack Obama s’en tire en mettant l’accent sur sa «promesse tenue»: il avait promis de mettre fin à cette guerre et il le fait.

Tout cela «pourquoi»?

«Cette guerre a coûté beaucoup plus qu’elle n’a rapporté, résume Thomas E. Ricks, auteur de deux livres sur L’aventure militaire américaine en Irak. D’une façon générale, les Américains se demandent: pourquoi avons-nous fait cela?» Plus de 100 000 civils irakiens ont été tués durant ces huit ans de guerre, 20 000 soldats irakiens et 4500 militaires américains. Depuis 2003, cette guerre a coûté plus de 800 milliards de dollars au gouvernement américain (près du double de la note en Afghanistan). Et les Etats-Unis devront encore longtemps payer les additions de ce conflit, qui a été financé à crédit et qui laisse des centaines de milliers de vétérans blessés ou traumatisés.

«Tout cela pour très peu de choses accomplies, calcule aussi Peter Van Buren, ancien diplomate américain, auteur d’un livre sur la Bataille perdue pour les cœurs des Irakiens, intitulé (en anglais) Nous voulions bien faire. Aucun des problèmes créés ou ravivés par l’invasion américaine n’a été résolu, que ce soit la rivalité entre sunnites et chiites, entre Arabes et Kurdes, la répartition des revenus du pétrole ou le rôle de l’Iran. Les Irakiens devront trouver leurs propres réponses à toutes ces questions et je crains bien que les réponses ne soient violentes.» La dictature de Saddam Hussein a laissé place à un gouvernement autoritaire, corrompu et soumis à une influence iranienne grandissante. Le renversement de l’ancien homme fort a aussi permis à Al-Qaida de s’implanter en Irak, où elle compterait un millier de militants, selon les services américains.

La plus grande ambassade

«Je suis très déçu d’Obama, qui aurait pu mettre fin plus tôt à cette guerre et qui a plutôt tout fait pour la prolonger», dénonce aussi l’ancien diplomate Peter Van Buren. Même après ce retrait militaire, les Etats-Unis garderont à Bagdad leur plus grande ambassade au monde, forte de quelque 16 000 hommes.

«Cette ambassade maintiendra une ombre d’occupation de l’Irak, redoute Peter Van Buren. Il s’agira de continuer à faire impression sur les Irakiens et d’essayer d’influencer la politique irakienne. Mais est-ce vraiment en Irak que les Etats-Unis se doivent aujourd’hui d’avoir leur plus grande ambassade mondiale?» Le changement de régime en Irak aura permis aux Etats-Unis de reprendre pied sur le marché pétrolier du pays et de conclure plusieurs contrats de vente d’armes. «Mais ces ventes sont de l’ordre de quelques centaines de millions de dollars, contre des centaines de milliards pour le coût de cette guerre», rappelle Richard Klass, ancien colonel de l’armée de l’air.

«Nous ne savons pas vraiment ce qui va se passer» après ce retrait, a avoué récemment le lieutenant-général Frank Helmick, commandant adjoint des forces américaines lors d’un point de presse. L’Irak est loin d’être pacifié et n’est pas en mesure d’assurer la défense de son espace aérien, soulignent les militaires américains, qui avaient demandé à y maintenir des troupes pour «préserver les progrès obtenus». Barack Obama y était aussi favorable, mais les autorités irakiennes n’ont pas voulu accorder l’immunité juridique aux soldats américains qui resteraient au-delà du 31 décembre 2011.

Critique des républicains

Les républicains qui espèrent reconquérir la Maison-Blanche en ­novembre 2012 attendent aussi ­Barack Obama en embuscade, comptant bien le rendre responsable de tous les maux irakiens dans le cas, tout à fait probable, où la situation s’y dégrade. «Le stupéfiant échec du président Obama pour assurer une transition ordonnée en Irak a mis inutilement en danger les victoires que nous avons acquises par le sang et le sacrifice de milliers d’Américains et d’Américaines», a déjà attaqué Mitt Romney, l’un des favoris de la course républicaine à la Maison-Blanche. Qu’Obama préside aujourd’hui au retrait d’Irak permet aux républicains de faire un peu vite oublier qu’ils sont les tout premiers responsables de ce désastre.