Le leader est mort, vive le leader. La Corée du Nord a décrit Kim Jong-un, plus jeune fils du dirigeant Kim Jong-il, comme le «grand successeur» de son père après sa mort survenue samedi et annoncée lundi par les médias d’Etat du régime stalinien, officiellement «des suites d’un grave épuisement mental et physique». Ces médias d’Etat, c’est surtout la fameuse Korean Central News Agency, qui existe depuis 1946 et publie, en plus du coréen, des dépêches en anglais, en russe et en espagnol. Elle délivre quotidiennement «les actualités» à toutes les organisations de presse nord-coréennes (journaux, radio, télévision…) et représente à peu près le seul vecteur d’information à l’international.

La dernière dépêche du canal anglophone, ce lundi matin, date d’ailleurs de cinq jours et parle… d’une visite d’une délégation russe au mémorial de Kim Il-sung, fondateur et premier dirigeant de la Corée du Nord, surnommé «président éternel» ou «professeur de l’humanité tout entière». Et au Sud, qui depuis l’annonce est en état d’alerte, le site du Korean Herald est très prudent et titre simplement: «North Korean leader Kim dead». S’y ajoutent quelques compléments, dont un de l’AFP sur l’«énigmatique» héritier du régime et un portrait du défunt, décrit comme un «play-boy excentrique» et un «dirigeant implacable» qui a «affamé» son pays. Mais qui s’est immortalisé comme un homme de bien, photographié dans ses bonnes œuvres sur Tumblr. Ce qui ne l’empêche pas d’être ridiculisé comme son fils dans une amusante vidéo – visible sur le site de 20 Minutes France – créée en 2010 par le studio de Hongkong NMA et imaginant la succession entre Kim Jong-il et son fils.

Le Monde dresse aussi un très long portrait, ce matin, d’un dictateur «irrationnel» et «imprévisible». Mais «son image avait évolué à la suite du premier sommet intercoréen en juin­ 2000. Pour le président du Sud, Kim Dae-jung, le dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) savait «faire preuve de discernement» et il était «conscient de la nécessité de réformes». C’était aussi l’opinion de l’ex-secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright qui s’entretint avec lui à Pyongyang en octobre­ 2000­: «Il m’a surpris par son sens pratique et son caractère décidé», avait-elle déclaré. A la suite de son second voyage en RPDC en 2004, le premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, le décrivait comme un «homme intelligent», «prêt à plaisanter». «Kim Jong-il n’est pas Satan… mais un cruel produit de plus d’un demi-siècle de révolution en Corée du Nord», écrit Alexandre Mansourov de l’Asia-Pacific Center for security Studies (Honolulu).

N’empêche, il «a dirigé la Corée du Nord d’une main de fer depuis 1994 et laisse à son fils […] une économie moribonde dans un pays marqué par une famine meurtrière et de graves pénuries alimentaires à répétition», écrit Le Nouvel Observateur. De fait, il a réussi à donner «tort à ceux qui prévoyaient un effondrement du régime après l’assèchement de l’aide soviétique au début des années 1990. A la fin de cette décennie, une famine a tué jusqu’à un million de personnes. Mais il est resté «le Cher Leader» et a continué un programme de fabrication d’armes nucléaires, marqué par deux essais, en octobre 2006 et mai 2009.»

«Après Kim Jong-il, vieillard à la santé fragile, usé bien avant sa disparition à 69 ans, précise le site de LCI/TF1, le futur dirigeant de la Corée du Nord aura moins de trente ans. Et le premier acte de sa prise de pouvoir devrait être sa présence aux obsèques officielles du «Soleil de la nation», qu’il devrait selon toutes probabilités présider. […] Il a pour nom Kim Jong-un, et il est le plus jeune fils de l’ex-numéro un nord-coréen.» Sa personnalité reste «opaque pour les dirigeants étrangers, qui guettent tout possible signe d’ouverture de la Corée du Nord». Bref, «quand c’est fini ça recommence», résume MediaPart. Mais «2011, sale année pour les dictateurs» quand même, commente Rue89, qui propose plusieurs vidéos de propagande du temps de la disparition de Kim Il-sung, avec des gens en pleurs, voire en transe ou un concert de musique solennelle.

Jusqu’au 28 décembre, date prévue pour les obsèques, s’ouvre une période d’incertitude et d’inquiétude pour la seule dynastie communiste au monde, que diplomates et stratèges du monde entier vont scruter de près.