Les Britanniques ont été les premiers à s’en féliciter. La police française a finalement démantelé mardi matin la «jungle», où s’entassaient des immigrants illégaux, en majorité afghans, près de Calais, dans le nord de la France. Près de 280 jeunes ont été arrêtés, dont 135 se déclarant mineurs.

«Nous saluons cette action décisive destinée à casser les filières», a aussitôt commenté le secrétaire d’Etat britannique à l’Intérieur, Alan Johnston. Avant d’appeler au renforcement des contrôles frontaliers à Calais, d’où les passeurs organisent le transfert des clandestins vers le Royaume-Uni.

La fermeture de la «jungle» de Calais avait été durement commentée vendredi par le commissaire européen à la Justice, Jacques Barrot, soucieux de ne pas voir tous les clandestins présents dans l’Union européenne (UE) broyés par la machine policière, alors que les affaires tragiques d’arrestations ou de renvois en mer se sont multipliées ces derniers mois: «Un nombre important de clandestins sont d’authentiques demandeurs d’asile qui n’osent pas se déclarer par peur d’être renvoyés dans le pays par lequel ils sont entrés» sur le territoire de l’UE, avait souligné le commissaire, dont le mandat s’achève fin octobre. «Ils sont arrivés par la Grèce et ils ont peur d’être renvoyés dans ce pays où leur demande n’aurait aucune chance d’aboutir.»

Réunion à Bruxelles

Mais cet appel à la solidarité communautaire en matière de gestion de l’immigration ne passe pas. Réunis à Bruxelles dans le cadre de leur Conseil JAI (Justice-Affaires intérieures), les ministres des Vingt-Sept chargés de l’immigration se sont encore séparés hier sur de nouvelles divergences à propos de l’appui à apporter à Malte dans la prise en charge des immigrants.

Symbolique à tout point de vue, compte tenu des moyens limités des autorités maltaises, le projet pilote destiné à accueillir des réfugiés présents sur l’île – et dont la demande d’asile est en suspens – est toujours enlisé. Pour l’instant, les promesses des différents pays de l’UE d’accepter chez eux des migrants pour «soulager» La Valette permettraient d’accueillir un peu plus de 100 réfugiés sur 2000 concernés. La France en a déjà reçu 96. Mais le casse-tête demeure. La Commission européenne veut revenir à la charge le 23 octobre en Conseil JAI.

L’idée, avancée par Bruxelles, d’une harmonisation des procédures d’asile entre Etats membres est aussi en panne. La Commission a proposé de modifier la règle du pays d’entrée pour permettre à un demandeur d’asile de voir sa demande instruite dans le pays où il se trouve, même si ce n’est pas le premier pays d’accueil. Mais le Royaume-Uni, destination de beaucoup d’illégaux, s’y oppose. «Certains pays n’ont pas compris que face au droit d’asile il faut une solidarité européenne, avait tonné la semaine dernière Jacques Barrot. Les solutions nationales ne sont pas jouables.»

Gestion des frontières

L’autre obstacle sur lequel bute l’UE est enfin la gestion des frontières, illustrée par l’évacuation de la «jungle» près de Calais. Proposé mi-septembre, le renforcement de l’agence Frontex chargée de la gestion frontalière de l’espace Schengen – avec laquelle la Suisse a négocié un accord qui reste à signer – est envisagé pour le début 2010. Frontex pourrait alors participer au rapatriement des migrants irréguliers. Mais les obstacles juridiques sont coriaces. Et les divergences manifestes. Contrairement aux pays nordiques, les gouvernements des pays de l’UE riverains de la Méditerranée estiment sans le dire que les rapatriements manu militari opérés par les autorités italiennes ont eu des effets positifs car ils ont frappé les filières de passeurs. Ils se plaignent aussi du harcèlement des hélicoptères et navires de Frontex par les autorités turques.