Les fidèles sont revenus prier dimanche dans l’église copte d’Alexandrie (nord de l’Egypte) visée par un attentat dans la nuit du Nouvel An, avec des larmes pour leurs «martyrs» et des mots de colère contre les «fanatiques» qui s’en prennent à leur communauté.

Des traces de sang restent visibles dimanche sur la façade de l’église des Saints, toujours placée sous forte protection policière, et sur celle de la mosquée située juste en face.

Les jeunes Coptes qui ont affronté la police toute la journée de samedi en lançant des pierres et des bouteilles ont disparu, mais l’émotion est toujours vive parmi les fidèles assistant à la messe, en dépit des tentatives d’apaisement de la hiérarchie du patriarcat copte orthodoxe.

Discriminés

Les larmes aux yeux, des femmes implorent à voix haute Dieu «de venger les martyrs» et «de brûler les coeurs» des auteurs de cet attentat qui a coûté la vie à 21 personnes. De nombreux fidèles déplorent la «discrimination» dont cette communauté, qui représente de 6 à 10% des quelque 80 millions d’Egyptiens, se plaint depuis longtemps avec force.

«Dans ce pays, nous n’arrivons même pas à faire la prière dans la maison de Dieu», affirme Sameh Guirguis, un ingénieur de 32 ans. «C’est le sentiment anti-copte avivé par des responsables de mosquées qui est à l’origine de notre problème», estime Fifi Abdel Malak, une mère de famille de 37 ans.

Pour l’évêque de l’église des Saints, Monseigneur Maqqar, «aucune religion ne peut cautionner les meurtres» et «le coeur du problème, c’est le fanatisme et l’extrémisme musulman».La hiérarchie copte a «essayé de calmer» les fidèles après l’attaque, «en leur expliquant que le Christ nous a demandé de faire preuve de patience», affirme-t-ilLe. Mais selon lui, les institutions de l’Etat ont elle aussi un rôle à jouer pour apaiser les Coptes, «en garantissant notre droit à la vie, à la prière et à l’emploi».

Le synode des évêques coptes d’Alexandrie a critiqué samedi dans des termes à peine voilés le laxisme des autorités égyptiennes face à des prises de position ouvertement anti-Coptes. L’attentat de l’église des Saints «est le résultat de la mobilisation anti-Copte et des mensonges propagés récemment contre l’Eglise (copte)», a affirmé le synode dans un communiqué.

Les évêques faisaient allusion à plusieurs manifestations, dont la dernière a eu lieu vendredi, organisées devant une grande mosquée en plein centre d’Alexandrie, sans que la police intervienne, et appelant à boycotter les Coptes et à les punir s’ils n’acceptent pas de «libérer» Camilia Chehata et Wafaa Constantine.

Ces deux chrétiennes sont «emprisonnées dans des monastères» pour s’être converties à l’islam, selon un groupe irakien lié à Al-Qaïda qui a menacé il y a deux mois de s’en prendre à la communauté copte si les deux femmes n’étaient pas «libérées».

Condamnation dans et hors du pays

Le président égyptien, Hosni Moubarak, a estimé samedi que «des mains étrangères» étaient derrière l’attentat d’Alexandrie, une allusion apparente à Al-Qaïda. «L’Egypte tout entière est visée, le terrorisme aveugle ne fait pas de différence entre Copte et musulman», a-t-il ajouté.

Les plus hautes autorités musulmanes d’Egypte, dont le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb, ont également condamné cet attentat, de même que le mouvement islamiste des Frères musulmans.

Après le pape Benoît XVI, le Conseil oecuménique des Eglises, qui siège à Genève, a condamné dimanche cette «terrible attaque contre des fidèles innocents».

Le président américain Barack Obama a estimé que les responsables de cet attentat n’avaient «aucun respect pour la vie et la dignité humaine», après des condamnations venues de Paris, Londres ou Rome et de nombreuses capitales du Moyen-Orient notamment.