La fin d'un suspense insoutenable? Mais le régime irakien avait-il le choix? Bagdad a accepté mercredi la résolution 1441 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à l'unanimité vendredi dernier et portant sur le retour musclé en Irak des inspecteurs de l'ONU chargés de son désarmement. Mieux, elle l'a fait «sans réserve et sans condition», selon les mots de Mohammad al-Douri, l'ambassadeur irakien auprès de l'ONU, qui a transmis la réponse de son pays au secrétaire générale de l'organisation, Kofi Annan. Mieux encore, Bagdad s'est soumis aux exigences onusiennes avec quarante-huit heures d'avance sur la date butoir de vendredi prévue par la résolution, évitant les «graves conséquences» que celle-ci lui réservait en cas de refus: une guerre américaine.

«Le gouvernement irakien l'a décidé, a commenté le diplomate, car […] il a toujours choisi la voie de la paix. Nous sommes préparés à recevoir les inspecteurs selon le calendrier prévu (lire encadré), et nous sommes impatients de les voir aussitôt que possible remplir leur devoir selon le droit international. Le retour des inspecteurs n'inquiète pas l'Irak, car l'Irak n'a pas d'armes de destruction massive», a-t-il affirmé. Dans les faits, les premiers spécialistes de l'Unmovic, la commission de l'ONU chargée du désarmement, sont attendus dès lundi prochain. Hans Blix, leur chef, indiquant qu'il s'agissait dans un premier temps de mettre en place les facilités permettant leur accueil et leur travail.

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Fin d'un faux suspense, donc. Dès dimanche, la presse irakienne elle-même, largement contrôlée par Oudaï, le fils de Saddam Hussein, avait donné un premier indice de ce que serait la décision finale. La résolution, écrivait le quotidien Al-Joumhouriyya, «a mis en échec la première phase du complot (américain, ndlr), qui consistait en un recours automatique à la force», en cas de manquement irakien à ses obligations. Mardi, le parlement irakien a certes appelé au rejet de la résolution, malgré l'invitation du même Oudaï à approuver le texte onusien. Mais outre que le parlement s'en remettait à Saddam Hussein pour la décision finale, son appel n'a pas été répercuté par les médias irakiens le lendemain.

Cette première «chance» saisie, le plus délicat reste à faire pour Bagdad: communiquer d'ici au 8 décembre au Conseil de sécurité la liste complète et exacte de tous ses programmes de développement d'armement biologique, chimique et nucléaire, ainsi que de son programme de missiles balistiques. Or Américains et Britanniques, à l'origine de la résolution, ont indiqué mercredi qu'ils attendaient Bagdad au tournant de cette deuxième échéance, qui illustrera de manière beaucoup plus claire la volonté irakienne de se conformer ou non à ses obligations.

Sans attendre, le régime irakien a fait savoir mercredi qu'il ferait part à l'ONU, dans un second courrier, de ses «observations» sur certains aspects de la résolution jugés «contraires au droit international, à la Charte des Nations unies, ainsi qu'à de précédentes résolutions pertinentes du Conseil de sécurité». Il porte surtout le combat sur le terrain des équipes d'inspecteurs. Puisque leur composition n'est plus du seul ressort des membres permanents du Conseil de sécurité, Etats-Unis en tête, Bagdad milite pour que ces équipes incluent des ressortissants de pays arabes. Il espère trouver en la personne de son frère ennemi syrien un relais autant dévoué qu'il a à se faire pardonner sa participation à la guerre du Golfe dans le camp de la coalition, en 1991. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Farouk al-Chareh, a certes fait état de «contacts» entamés entre la Ligue arabe et l'ONU. Mais à ce stade, il demeure difficile de démêler déclaration d'intention et volonté réelle de servir les intérêts irakiens en évitant que les missions d'inspection soient truffées de membres des services secrets occidentaux aux objectifs sans grand rapport avec le désarmement, comme cela avait été le cas jusqu'en 1998.

En réponse aux pressions irakiennes, l'Unmovic a rappelé qu'elle avait fourni un entraînement à des inspecteurs de 49 pays, parmi lesquels six Jordaniens et un Marocain. L'un de ses responsables faisant remarquer de manière sibylline qu'ils n'avaient «pas reçu beaucoup de candidatures en provenance de pays arabes».