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L’envoyé de la Corée du Sud a annoncé jeudi soir à Washington l’idée d’une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un.
© MICHAEL REYNOLDS / EPA

Diplomatie

Sommet Donald Trump - Kim Jong-un: avantage à la Corée du Nord

L'annonce d'une rencontre entre les deux leaders a pris le monde par surprise. Le dirigeant nord-coréen parvient à se hisser au même niveau que le président de la première puissance mondiale

Aucun président américain en exercice n’a jamais rencontré un leader nord-coréen. L’annonce, spectaculaire, d’une rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un d’ici à mai surprend, fait trembler les services secrets et diplomatiques des deux pays, mais provoque également des réactions sceptiques et dubitatives. Kim Jong-un est pour l’instant celui qui tire le plus son épingle du jeu. Côté américain, l’avertissement est clair: les sanctions économiques sont maintenues tant qu’aucune preuve d’avancées crédibles et concrètes en matière de dénucléarisation de la Corée du Nord n’est fournie.

Une «communication importante»

Aucune date précise et aucun lieu n’a été évoqué. Alors que les deux dirigeants se sont illustrés ces derniers mois par une joute verbale agressive sur fond de tests de missiles balistiques et nucléaires nord-coréens, le président américain a fait savoir jeudi soir qu’il était prêt à rencontrer son pire ennemi. Donald Trump lui avait promis «feu et fureur», l’a traité de «Little Rocket Man», pour se faire lui-même qualifier, en retour, de «malade mental gâteux lunatique» et de «sénile» par Kim Jong-un.

Lire aussi: Quand la souris Kim dribble l’éléphant Trump

L’annonce a fait l’objet d’une scénographie étudiée. A Washington, c’est Chung Eui-yong, le conseiller à la Sécurité du président sud-coréen, qui a révélé que Donald Trump était prêt à rencontrer Kim Jong-un d’ici à fin mai «pour parvenir à la dénucléarisation permanente». La porte-parole de la Maison-Blanche a ensuite confirmé la déclaration. Et Donald Trump a twitté en restant très mesuré, rappelant que le leader nord-coréen avait promis qu’il ne s’adonnerait à aucun test de missile pendant les négociations. Mais à 17 heures jeudi, le président américain n’a pas pu s’empêcher de glisser à des journalistes, en apparaissant furtivement à travers une porte coulissante lors d’un briefing de presse de la Maison-Blanche, que la Corée du Sud aurait une «communication importante» à faire deux heures plus tard. Selon le New York Times, Donald Trump ne devait initialement rencontrer Chung Eui-yong que ce vendredi, mais il l’aurait convoqué dans le Bureau ovale, puis lui aurait enjoint de faire rapidement l’annonce de l’invitation de Kim Jong-un devant les médias américains.

Notre revue de presse: Donald Trump va serrer la main de Kim Jong-un: méfiance, méfiance…

Côté nord-coréen, une stratégie bien préparée

Côté nord-coréen, la proposition s’inscrit dans une stratégie bien préparée, les premiers signes de détente étant apparus avec l’envoi d’une délégation de Corée du Nord aux JO de Pyeongchang. Une délégation de Corée du Sud s’est ensuite rendue au Nord, du jamais-vu depuis dix ans. Troisième acte: l’annonce d’un sommet intercoréen qui aura lieu fin avril dans le village de Panmunjeom, en pleine zone démilitarisée. Chung Eui-yong a longuement rencontré Kim Jong-un lundi soir et s’est fait le messager de sa proposition à Washington.

Pour la plupart des spécialistes de la Corée du Nord, Kim Jong-un sort jusqu’ici gagnant de ce bras de fer. Il parvient à se hisser au même niveau que le président américain et fait de facto reconnaître son pays comme puissance nucléaire. Dans le Washington Post, Robert Carlin, un ancien de la CIA, ose la comparaison avec un célèbre dessin animé: Kim Jong-un est dans la posture de Bip Bip, l’oiseau rapide et farceur échappant à tout bout de champ au Coyote Trump, qui ne parvient pas à le neutraliser.

La Suisse évoquée comme possible lieu de rencontre

La plupart des pays ont salué les «progrès» amorcés. Le premier ministre japonais est resté plus ferme en assurant que Tokyo et Washington continueraient à exercer une «pression maximale» pour que la Corée du Nord adopte des mesures concrètes de dénucléarisation.

Sans surprise, la Suisse est évoquée comme lieu de rencontre possible. Kim Jong-un y a été scolarisé. Le Département fédéral des affaires étrangères reste prudent et se contente de dire, comme il l’a déjà fait par le passé, «être en contact avec toutes les parties impliquées», en rappelant sa disponibilité à participer aux efforts de paix. «Les bons offices de la Suisse sont bien connus. Il est du ressort des parties impliquées de décider si, quand et où elles souhaitent tenir leurs discussions», relève prudemment Michael Maccabez, porte-parole de l’ambassade de Suisse à Washington. La Suisse a-t-elle réitéré l’offre depuis l’annonce de la tenue du sommet jeudi soir? Pas de réponse.

Contexte défavorable

Si la rencontre a vraiment lieu, et si elle est couronnée de succès, Donald Trump pourrait se glorifier d’une victoire diplomatique. Mais il prend pour l’instant des risques dans un contexte défavorable en raison des tensions dans son entourage et parmi les personnes censées le conseiller. L’organisation d’un tel sommet ne s’improvise pas. Elle promet des jours agités et des nuits blanches au sein du Secrétariat d’Etat, toujours passablement déplumé et dirigé par un ministre des Affaires étrangères, Rex Tillerson, régulièrement marginalisé et humilié par Donald Trump. L’impréparation du président dans des dossiers de politique étrangère cruciaux et complexes est régulièrement relevée. Le départ, fin février, de Joe Yun, le représentant spécial du Département d’Etat pour la Corée du Nord, un partisan du dialogue, tombe au plus mauvais moment. Les Etats-Unis n’ont par ailleurs toujours pas d’ambassadeur en Corée du Sud.

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