«Pour ce qui est du sommet qui vient, tout le monde l'a indiqué, nous serons sans doute préoccupés par la situation internationale», admettait mercredi Georges Papandréou, le ministre grec des Affaires étrangères. «On peut avoir l'impression que le Conseil est un petit peu décalé par rapport à la situation internationale», concédait de son côté Noëlle Lenoir, ministre française aux Affaires européennes. Sur la question irakienne, «nous sommes divisés, ça ne sert à rien de le masquer», reconnaissait pour sa part mardi soir Joschka Fischer, le chef de la diplomatie allemande.

Le Conseil de printemps des chefs d'Etat et de gouvernements européens qui s'ouvre ce jeudi à Bruxelles pour deux jours est une tradition. Depuis que l'Europe s'est donné pour objectif de devenir en 2010 «l'économie la plus compétitive du monde», cette grand-messe de printemps permet aux dirigeants du Vieux Continent d'examiner l'état de leurs réformes économiques et de donner, selon le terme consacré, les «impulsions» nécessaires à leur poursuite. Un exercice qui, cette année, promet d'être consensuel. A la veille de l'ouverture du sommet, les conclusions en étaient déjà pratiquement rédigées. Mais cette belle entente économique ne parvient à l'évidence pas à occulter la crise irakienne qui divise l'Europe et a déjà commencé à bouleverser l'organisation de ce sommet.

Depuis le début de la semaine, les rumeurs les plus folles circulaient à Bruxelles. A cause de la guerre, prédisaient certains, la rencontre des chefs d'Etat allait être annulée. C'est «exclu», rétorquait la présidence grecque qui veut éviter à tout prix que l'Europe donne encore davantage l'impression de s'enfoncer dans la crise. «Notre volonté est d'organiser cette réunion et elle aura lieu», insistait hier Georges Papandréou. Costas Simitis, le premier ministre grec, a pourtant prévenu par lettre ses invités à Bruxelles: les discussions ne s'étendront pas au-delà de la matinée et du déjeuner de vendredi. Vers 15 h, tout le monde devrait pouvoir rentrer chez lui.

Valéry Giscard d'Estaing, qui devait ce soir rendre compte aux Quinze de l'état des travaux de la Convention afin qu'ils tiennent leur premier débat de fond sur la réforme de l'Union européenne, a préféré déclarer forfait. Les discussions de la soirée pourront dès lors être presque entièrement consacrées à l'Irak. Mais les diplomates s'interrogent: parler de la crise certes, mais de quoi à propos de l'Irak. Faut-il parler de l'aide humanitaire? Faut-il déjà évoquer la reconstruction alors que certains Etats membres refusent le terme? Même sur le rôle central des Nations unies, qui fait l'objet – répètent en chœur les Européens – d'un consensus au sein de l'Union, il existe des lignes de fracture. «L'Union est d'accord sur le principe, mais pour des cas particuliers», il y a des «différences», reconnaît Georges Papandréou. Difficile de parler sereinement de l'Irak à Bruxelles donc, ce qui n'empêche pas un Parlement européen – lui aussi divisé – de convoquer pour ce jeudi matin une session extraordinaire sur la situation au Moyen-Orient.

Affaire d'écoutes téléphoniques

Pour ajouter à la confusion quasi générale, une affaire d'écoutes téléphoniques secoue depuis mercredi le Conseil européen. Les services de sécurité ont découvert ces derniers jours et confirmé hier que plusieurs postes téléphoniques de six délégations européennes, notamment françaises et allemandes, au siège du Conseil des ministres à Bruxelles avaient été mis sur écoute. C'est dans ce même bâtiment que doivent se réunir, dès ce soir, les dirigeants européens…