Des actes: lors de leurs entretiens de mercredi avec les dirigeants du G8 (Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie, Canada, Japon, Russie), les grands pays émergents leur ont redemandé d'agir, plutôt que de promettre ou de chercher à les enrôler à la hussarde.

L'idée, caressée par le Japon, d'un accord en bonne et due forme entre les «économies majeures» de la planète sur le climat a donc fait long feu. La déclaration finale du sommet de Toyako, qui s'est achevé par un dialogue élargi, se contente de rappeler la nécessité de diminuer les émissions polluantes à long terme, sans reprendre l'objectif de réduction de 50% en 2050 proposé la veille par les pays les plus industrialisés.

Les pays du G5 (Brésil, Chine, Inde, Mexique et Afrique du Sud) sont restés fermes. Ils jugent indispensable la fixation d'objectifs climatiques à moyen terme, et estiment que le G8 devrait plutôt atteindre une réduction de 80 ou 90% d'émissions en 2050. «Tous ont prévenu qu'ils continueront de demander aux responsables historiques de l'accumulation de gaz à effet de serre de faire davantage d'efforts», indique un diplomate. Les trois autres invitées à ces débats, l'Australie, la Corée du Sud et l'Indonésie ont en revanche souscrit au calendrier proposé.

Ce refus n'est pas une surprise. Pékin comme New Delhi avaient fait connaître à l'avance leurs réticences. Il prouve néanmoins combien le G8, dont l'élargissement n'est toujours pas acquis malgré le vigoureux plaidoyer en ce sens de certains de ses membres tels que Nicolas Sarkozy, est à la peine sur le climat. Il souligne aussi l'incapacité des quatre pays européens, et du président de la Commission José Manuel Barroso à convaincre leurs pairs d'adopter, comme l'ont fait les Vingt-Sept en mars 2007, des objectifs contraignants pour 2020. «Le sommet de Toyako a oscillé entre deux questions, poursuit un «sherpa» occidental. Que font les Etats-Unis? Et que va répondre la Chine?» D'où le soulagement suscité par le départ de George Bush, qui assistait à Hokkaido à son dernier G8. «Si le club s'élargit et qu'un nouveau président américain lui redonne du tonus, il pourra de nouveau produire des résultats», estime un diplomate.

Et maintenant? «Nous avons posé les premiers rails à Toyako, poursuit notre interlocuteur. Les pays émergents peuvent poser des conditions, mais il faut qu'ils nous rejoignent si l'on veut gagner la bataille contre le réchauffement de la planète et aboutir à un accord à Copenhague, en 2009. Tous les chefs d'Etat et de gouvernement du G8 leur ont répété qu'ils ne leur demandaient pas de renoncer à la croissance, et que le «comment?» pouvait être négocié. Prendra-t-on en compte les émissions par habitant ou au kilomètre carré? Nous laisserons cela aux spécialistes.» Une référence pas innocente. L'une des interventions les plus marquantes, en cette ultime matinée de sommet, a en effet été celle du président brésilien Lula, grand défenseur des biocarburants. Avant de parler, ce dernier a énuméré le volume d'émissions de chaque pays présent. Les donneurs de leçons ne sont plus ceux d'antan.