Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
De gauche à droite: Kim Yo-jong , la soeur cadette du dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, Donald Trump et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo.
© KEVIN LIM/THE STRAITS TIMES

Diplomatie

Sommet Kim-Trump: les importantes concessions du président américain

Les termes de la déclaration conjointe du dirigeant nord-coréen et de Donald Trump sont vagues et vont moins loin que ce à quoi s’était engagé Pyongyang par le passé. Pendant ce temps, Pékin se frotte les mains

Faut-il s’en réjouir ou s’en alarmer? Le seul fait que Donald Trump et Kim Jong-un se sont rencontrés à Singapour est un progrès. Il y a quelques mois, le président américain était prêt à anéantir la Corée du Nord dirigée par little rocket man, le petit homme-fusée. Mardi, en signant une déclaration commune, tous deux ont éloigné le spectre de conflagration nucléaire.

Ex-principal conseiller de plusieurs chefs du Pentagone en matière d’armes de destruction massive, Andrew Weber le confie au Temps: «Oui, ce qu’on trouve dans le document sont des mots qu’on a déjà entendus. Mais le fait que les deux dirigeants lient leur prestige à la mise en œuvre réussie de cette déclaration est en soi un progrès important. Mais les difficultés commencent maintenant.»

Lire aussi: Poignée de main historique entre Donald Trump et Kim Jong-un 

Des antécédents plus forts

Tout le monde ne partage pas le même optimisme. Bruce Klingner, ancien haut responsable à la CIA a tweeté: «Les quatre points de la déclaration figuraient chacun dans des documents passés et étaient plus forts. Le point dénucléarisation est exprimé de façon plus faible que dans les pourparlers des six puissances (Chine, Etats-Unis, Corée du Nord et du Sud, Japon et Russie).» A Singapour, Kim Jong-un réaffirme la déclaration faite lors du sommet inter-coréen de Panmunjom et s’engage à «œuvrer à une complète dénucléarisation de la péninsule coréenne».

Or, en septembre 2005, dans le cadre des négociations à six, Pyongyang s’était beaucoup plus engagé en acceptant d’abandonner «toute arme et tout programme nucléaires existants» en échange d’une aide énergétique. Mais butant sur diverses questions techniques, il avait fini par quitter les pourparlers en 2009.

Lire notre éditorial: Le triomphe de Kim, le mérite de Trump

«Concession colossale» de Trump

On peut remonter au 11 juin 1993 à New York pour trouver une formulation plus forte. Les représentants nord-coréen Kang Sok-ju et américain Robert Gallucci promettaient «paix et sécurité dans une péninsule coréenne dénucléarisée» grâce à des garde-fous impartiaux. A Singapour, le terme dénucléarisation n’a pas été défini. Pour le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, qui semble avoir été en partie marginalisé à Singapour, dénucléarisation signifie l’anéantissement de toutes les armes nucléaires détenues par Pyongyang voire même des missiles balistiques et des armes bactériologiques. Pour la Corée du Nord, elle inclurait l’abandon par Washington du parapluie nucléaire américain dans la région qui bénéficie tant à Séoul qu’à Tokyo.

Professeur au Massachusetts Institute of Technology à Boston, Vipin Narang est catégorique: «La Corée du Nord n’a rien promis de plus qu’au cours des vingt-cinq dernières années.» Donald Trump a laissé de côté une exigence qui n’a pourtant cessé d’être martelée par son secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, et qui fut un pilier de la politique nord-coréenne des précédentes administrations américaines: la vérification des mesures promises. Pour nombre d’experts, c’est une concession «colossale» de Trump.

Lire également: Iran et Corée du Nord: le deux poids deux mesures de Donald Trump

Rhétorique de Pékin

Quant à l’abandon des manœuvres militaires communes avec Séoul offert par la Maison-Blanche, il n’est compensé par aucune mesure comparable du côté de la Corée du Nord. Donald Trump a d’ailleurs entonné la rhétorique de Pyongyang et de Pékin, jugeant lui-même de telles manœuvres «provocatrices». En mars 2017, c’est précisément la revendication que fit le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi. Pyongyang avait aussi annulé en mai une rencontre avec Séoul en guise de protestation contre ces exercices militaires. Les dirigeants de Corée du Sud, où sont stationnés depuis des décennies 28 000 soldats américains, ont en revanche été pris au dépourvu.

Avant de quitter Singapour, Donald Trump a lâché: «Otto n’est pas mort en vain. Je pense que sans lui, ceci [le sommet] ne serait pas arrivé.» Le président américain faisait référence à Otto Warmbier, un citoyen américain incarcéré en Corée du Nord, puis libéré avec de graves dommages cérébraux avant de mourir. Ex-chef négociatrice de l’accord nucléaire avec l’Iran, Wendy Sherman ne mâche pas ses mots: «De tels commentaires ne sont pas dignes d’un président des Etats-Unis.»


Les droits humains oubliés à Singapour

Malgré l’offensive de charme sans précédent de Kim Jong-un à Singapour, la Corée du Nord reste une «prison à ciel ouvert», rappellent les défenseurs des droits de l’homme. Entre Donald Trump le décrivant mardi, lors de sa conférence de presse finale, comme un homme voulant «faire ce qui est juste» et des passants lui criant «on vous aime», celui qui a plus l’habitude d’être qualifié de «dictateur» a dû être surpris.

«Certains disent que Kim est charmant ou plus sympathique que prévu, mais ils ne devraient pas se laisser tromper par son sourire lors de ce show politique», a réagi mardi, interrogé par l’AFP, Choi Jung-hun, un transfuge nord-coréen installé aujourd’hui à Séoul.

Kim Jong-un est en train d’essayer de gagner une stature internationale d’homme d’Etat, mais ses efforts seront vains s’il continue de présider un pays restant la plus grande prison à ciel ouvert du monde

Brad Adams, directeur de la division Asie de Human Rights Watch

Donald Trump a assuré avoir parlé de droits de l’homme avec Kim Jong-un. «La situation est rude en Corée du Nord, mais elle l’est aussi ailleurs», a-t-il estimé. Dans son rapport annuel sur les droits de l’homme dans le monde pour 2017, le Département d’Etat américain a accusé en avril la Corée du Nord de toute une série de violations approuvées par le gouvernement, des homicides extrajudiciaires aux actes de torture, en passant par la répression des dissidents et les enlèvements à l’étranger.

«Kim Jong-un est en train d’essayer de gagner une stature internationale d’homme d’Etat, mais ses efforts seront vains s’il continue de présider un pays restant la plus grande prison à ciel ouvert du monde», a réagi Brad Adams, directeur de la division Asie de Human Rights Watch. L’ONG rappelle que certaines sanctions imposées à Pyongyang sont liées à ses abus des droits de l’homme, pas uniquement à son programme nucléaire.

«Ce serait très décevant que la situation catastrophique des droits de l’homme en Corée du Nord soit complètement occultée en plein dégel des relations diplomatiques», a mis en garde Amnesty, qui parle de «déni des droits de l’homme quasi total» en Corée du Nord. AFP/LT/JEZ

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a