Sommet sur le climat 

Au sommet de l'ONU sur le climat, Greta Thunberg déclare: «Vous avez volé mes rêves et mon enfance!»

Dans un discours à l'ONU, la Suédoise Greta Thunberg a réprimandé les dirigeants de la planète pour leur inaction contre le changement climatique, au début d'un sommet à New York. L'ONU a auparavant annoncé que 66 Etats adhéraient à la neutralité carbone d'ici 2050

«Je ne devrais pas être là, je devrais être à l'école, de l'autre côté de l'océan», a lancé Greta Thunberg, la voix tremblante mais forte, lisant un texte depuis sa chaise. «Comment osez-vous? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses.»

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«Je fais pourtant partie de ceux qui ont de la chance. Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s'effondrent, nous sommes au début d'une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c'est d'argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle? Comment osez-vous!»

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Ce court discours est l'un des plus percutants que l'adolescente de 16 ans ait prononcés depuis son arrivée aux Etats-Unis fin août. L'adolescente de 16 ans, symbole de la jeunesse mondiale révoltée contre l'inaction des gouvernements, avait été invitée au sommet par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

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«Le monde se réveille»

Elle a, comme auparavant, répété les faits scientifiques confirmant le réchauffement accéléré de la planète, puis s'en est pris aux chefs d'Etats et de gouvernements présents au même sommet.

«Vous nous avez laissés tomber. Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison», a dit Greta Thunberg. «Si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis: nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en sortir comme ça.»

«Le monde se réveille, et le changement arrive, que cela vous plaise ou non. Merci», a-t-elle conclu, très applaudie dans la grande salle de l'Assemblée générale.

Neutralité carbone d'ici 2050

L'ONU a annoncé peu avant l'ouverture du sommet que 66 Etats adhéraient désormais à l'objectif d'une neutralité carbone d'ici 2050. Ils se joignent à 10 régions, 102 villes et 93 entreprises.

Cet objectif est fixé par les scientifiques pour contenir le réchauffement de la Terre dans les limites stipulées par l'accord de Paris de 2015, c'est-à-dire au pire +2°C par rapport à la fin du XIXe siècle (la Terre en est à environ +1°C).

«L'urgence climatique est une course que nous sommes en train de perdre, mais nous pouvons la gagner», a dit le secrétaire général des Nations unies.

Parmi les autres annonces de l'ONU, 68 pays se sont engagés à revoir officiellement à la hausse leurs plans climat d'ici 2020, date à laquelle les 195 signataires de l'accord de Paris sont censés déposer de nouveaux engagements. Et 30 pays adhèrent désormais à une alliance promettant de stopper la construction de centrales au charbon à partir de 2020.


Greta Thunberg bouscule l'ONU sur le climat, les dirigeants peu réactifs

Les dirigeants de la planète réunis à l'ONU lundi pour relancer l'action climatique ont été interpellés sur leur inaction par la jeune militante suédoise Greta Thunberg, mais sans produire d'impulsion décisive pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre.

Certes, 66 Etats ont désormais souscrit au principe d'une neutralité carbone d'ici 2050, a annoncé l'ONU. Mais il s'agit surtout de petits pays, et ces engagements restent des déclarations de principe dans la majorité des cas, sans traduction dans les lois nationales.

L'Inde et la Chine sont restés muets 

En outre, ni le Brésil, qui contient une majorité de l'Amazonie, ni les Etats-Unis, deuxième émetteur mondial, n'ont participé, si ce n'est une brève apparition de Donald Trump, venu s'asseoir une dizaine de minutes, suscitant la perplexité. Pour toute explication, il a dit: «Je crois beaucoup à l'air pur et à l'eau pure et tous les pays devraient se mettre ensemble pour y parvenir.»

Ni la Chine, ni l'Inde, deux pays qui dévorent du charbon mais installent des capacités massives d'énergies renouvelables, n'ont pris de nouveaux engagements à la tribune. «L'Inde et la Chine n'ont rien dit du tout», dit à l'AFP Laurence Tubiana, l'une des négociatrices de l'accord de Paris sur le climat. «Ils ont fait des déclarations très conservatrices. Je suppose qu'ils se réservent pour l'an prochain», avant la réunion de la COP 26 prévue fin 2020.

A noter toutefois que le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a renouvelé le soutien de Pékin au processus engagé par l'accord de 2015. «En tant que membre responsable de la communauté internationale, la Chine respecte ses promesses», a-t-il dit, allusion transparente au retrait de l'accord de Paris des Etats-Unis, décidé par Donald Trump en 2017.

Des manifestations «sympathiques» 

Sans nommer Greta Thunberg, Emmanuel Macron s'est dit frappé par les discours des jeunes l'ayant précédé. «Aucun responsable ne peut rester sourd à cette exigence de justice entre les générations», a-t-il dit. «On a besoin de cette jeunesse pour nous aider à changer les choses (...) et mettre plus de pression sur ceux qui ne veulent pas bouger.»

Excédant le temps de parole prévu de trois minutes par leader, il a fait applaudir la Russie, qui a ratifié lundi l'accord de Paris, et répété que les dernières centrales au charbon françaises seraient fermées en 2022. Quant à l'Europe, il a appelé à ce que toutes les importations soient «zéro carbone et zéro déforestation.»

Dans l'avion vers New York, le président avait jugé «sympathiques» les grandes manifestations de jeunes les vendredis, mais jugé qu'il serait plus utile de faire pression sur «ceux qu'on n'arrive pas à faire bouger»... visant par exemple la Pologne. La neutralité carbone signifie que les pays s'engagent à réduire au maximum leurs émissions et à compenser le reliquat, par exemple en replantant des arbres, qui absorbent le carbone de l'air.

Ce but était considéré si radical en 2015 que le terme avait été exclu du texte de l'accord de Paris, mais il est en train de s'imposer, rendu plus pressant par les canicules de l'été dernier, les cyclones et les images de glaciers fondant presque à vue d'oeil.

Des Etats qui n'ont pas été «à la hauteur» 

Les cinq années passées devraient constituer la période la plus chaude jamais enregistrée, selon un rapport publié dimanche par l'ONU. La Terre est en moyenne plus chaude d'1°C qu'au XIXe siècle, et finira à au moins +3°C en 2100 dans l'état actuel des engagements.

Un centre américain a annoncé lundi que la glace de l'Arctique, cet été, était tombé à son deuxième niveau le plus bas jamais enregistré en 41 ans. L'espoir est néanmoins que le sommet serve de «tremplin» vers la réunion COP 26 de Glasgow fin 2020, quand les pays sont censés soumettre à l'ONU des engagements climatiques révisés à la hausse.

Les ONG, en tout cas, attendaient des signaux plus radicaux. Le World Resources Institute, Greenpeace, Oxfam et 350.org ont toutes exprimé leur déception. «La plupart des grandes économies n'ont pas du tout été à la hauteur», a commenté le président du World Resources Institute, Andrew Steer.

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