Etats-Unis

Sommet nucléaire de Washington: la hantise des bombes sales

Le président Barack Obama accueille aujourd’hui et demain une cinquantaine de chefs d’Etat et responsables politiques pour sécuriser les matériaux radioactifs dans le monde face à la menace croissante du djihadisme international

Aujourd’hui et demain, une cinquantaine de chefs d’État et de hauts responsables politiques se réunissent à Washington pour le Sommet sur la sûreté nucléaire. Peu après son discours de Prague de 2009 pour un «monde dénucléarisé», le président Barack Obama avait initié ce sommet qui en est à sa quatrième édition. Si les questions de prolifération nucléaire et de surveillance des stocks de matériaux radioactifs seront centrales, un thème va hanter les discussions: l’usage terroriste du nucléaire.

L’inquiétude des experts ne date pas d’aujourd’hui. Mais elle s’est exacerbée au vu de ce qui s’est récemment passé en Belgique. Les attentats de Bruxelles de la semaine dernière ont poussé les autorités à penser que le groupe Etat islamique cherche à mettre la main sur du matériel radioactif. Les frères et kamikazes présumés Ibrahim et Khalid el-Bakraoui, qui se sont fait exploser dans une station de métro et à l’aéroport de la capitale belge, sont soupçonnés de s’être rendus près de la maison d’un scientifique nucléaire belge pour y retirer une caméra de surveillance qui filmait ses allers et venues.

Ils auraient apporté l’automne dernier la caméra chez Mohammed Bakkali qui fut arrêté après les attentats de Paris du 13 novembre 2015. L’objectif aurait été de kidnapper le scientifique belge pour qu’ils les aident à pénétrer dans un site nucléaire pour y voler du matériel radioactif. Les responsables de la sécurité rappellent le vol d’équipement opéré en 2013 par deux individus dans le laboratoire d’un site abritant un réacteur de recherche à Mol en Belgique. Ils soulignent aussi que deux employés de la centrale nucléaire belge de Doel ont rejoint en 2012 la Syrie et ont prêté allégeance à l’État islamique. Ils se battaient dans la même unité qu’Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur présumé sur le terrain des attentats de Paris. Face à cette menace, les Etats-Unis, qui livrent à la Belgique de l’uranium hautement enrichi, ont recommandé à Bruxelles de réduire la quantité de matière fissile présente sur un site.

Si la crainte d’une attaque de type 11-Septembre avec un avion contre une centrale nucléaire est réelle, ce que les renseignements et experts redoutent le plus, en lien avec le terrorisme, ce sont les bombes sales. Au sommet de Washington, une session spéciale sera consacrée au «terrorisme nucléaire», notamment en milieu urbain. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique à Vienne, près de 2800 «incidents» en lien avec des trafics, possessions ou pertes de matériaux nucléaires ont été recensés ces vingt dernières années.

Pour créer une bombe sale, il n’est pas nécessaire de maîtriser la technologie propre à la fabrication d’une arme nucléaire. Il suffit de disposer d’explosifs et de matériaux radioactifs. L’impact d’une telle arme est moins puissant que celui provoqué par une arme nucléaire. Mais il peut contaminer toute une région et perturber toute une économie. L’accès à du matériel radioactif est beaucoup plus aisé qu’à de l’uranium hautement enrichi pour deux raisons. Un tel matériel est abondamment utilisé dans des milliers d’hôpitaux à des fins thérapeutiques (césium 137 pour traiter le cancer), sur des sites de forage pétrolier où il est employé pour vérifier si les oléoducs ont des fuites. De plus, manipuler de l’uranium hautement enrichi est très risqué et pourrait causer la mort rapide de ceux qui souhaiteraient en voler.

Aucun pays ne semble épargné par une telle menace terroriste. La Russie, qui est l’un des pays disposant des plus importants stocks nucléaires civils, n’y échappe pas, même si le président Vladimir Poutine a décidé de boycotter le sommet de Washington. Le Pakistan, qui développe une nouvelle génération d’armes nucléaires tactiques plus petites, mais aussi plus faciles à subtiliser, préoccupe le Pentagone. Les Etats-Unis eux-mêmes sont loin d’avoir une sécurité irréprochable. En juillet 2012, Megan Rice, une sœur âgée de 82 ans, activiste anti-nucléaire, était parvenue à pénétrer sur le site d’Oak Ridge dans le Tennessee où sont stockés des composants de bombes atomiques et de l’uranium hautement enrichi.

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